Dossier du Droit de Vivre : Sauver l’Europe

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Les Européens n’aiment plus l’Europe. Le souffle qui avait porté la construction politique du Vieux Continent après le désastre de la Seconde Guerre mondiale semble s’être éteint, progressivement, les élections de ces derniers mois en Italie, en Hongrie, en Allemagne, en Suède, en Autriche et même en Espagne semblant avoir mis l’éteignoir sur les derniers espoirs de sursaut.

Nous voilà donc au pied du mur à la veille du scrutin du 26 mai afin de dire, dans les urnes, le chemin que nous allons choisir entre l’universalisme d’un côté, le populisme de l’autre. Ce qui est en jeu désormais, ce n’est plus l’accessoire de nos débats internes aux démocraties sur les choix économiques et sociaux mais bien l’essentiel de notre corpus politique, celui forgé par les Lumières et les Révolutions, celui hérité d’une histoire jonchée de cadavres et de sacrifices, celui qui a donné naissance aux démocraties parlementaires, qui a permis, partout dans l’Union la paix et la sécurité, celui de l’affirmation de droits communs contenus dans la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, celui enfin qui portait le rêve, pour reprendre les mots de Robert Schuman, non pas de « coaliser des États mais d’unir des hommes ».

Les peuples d’Europe sont aujourd’hui tétanisés par une angoisse identitaire à laquelle aucune réponse universaliste n’a été apportée. L’Europe n’a pas été à la hauteur de ses valeurs devant la question des réfugiés, devant celle des entraves à la démocratie et à la liberté de la presse en Hongrie, devant les rodomontades post-mussoliniennes de Salvini baignées dans la xénophobie et le complotisme, devant les outrages à la mémoire votées par le Parlement polonais, devant les affronts permanents infligés aux frontières de 1945 par la politique expansionniste de la Russie, devant les crimes de Bachar el-Assad, enfin devant la menace terroriste islamiste.

C’est un exercice très simple et d’une paresse infinie de voir dans tout ce qui ne lui convient pas la marque d’on ne sait quel complot des juifs et des francs-maçons.

Face à ce silence, les populistes, les aventuriers et les démagogues ont mis des mots, les mauvais mots évidemment, sur la réalité : ceux de la peur et du repli identitaire, ceux du racisme, de l’antisémitisme, de l’homophobie, du complotisme. C’est un exercice facile que de servir à nos compatriotes ce brouet infâme qui accuse les migrants d’être au mieux des cohortes démographiques voulant nous « grand-remplacer », au pire tous des terroristes déterminés à nous occire. C’est un exercice très simple et d’une paresse infinie de voir dans tout ce qui ne lui convient pas la marque d’on ne sait quel complot des juifs et des francs-maçons. C’est un exercice facile de proposer de rétablir la peine de mort, de revenir sur le droit à l’avortement, de promettre d’expulser tous ceux qui vous déplaisent en raison de la couleur de leur peau, de leur origine ou de leur religion. Cela flatte les bas instincts et excite les acrimonieux.

Mais c’est un exercice plus difficile que d’expliquer la complexité des choses, d’assumer le fait que nos identités, nos appartenances, nos traditions politiques ne sont en rien incompatibles avec l’édification d’un destin commun européen dont le socle s’appuie sur les principes qui garantissent nos droits et nos libertés. C’est un exercice plus difficile que de faire appel à l’intelligence collective des peuples pour faire émerger de la diversité européenne une réponse raisonnée et commune, loin des passions haineuses et des mensonges populistes, sur la question des migrants, sur celle du terrorisme islamiste, sur la régulation du numérique et des réseaux sociaux, sur les réponses à apporter à l’insécurité culturelle. C’est un exercice plus difficile que de reconstruire cette belle idée de nation dévoyée par le nationalisme, que de promouvoir le sentiment patriotique consistant à faire peuple, à intégrer, à libérer, au-delà de la religion, de la couleur de peau, de l’origine, de la communauté.

La démocratie, le pluralisme, la liberté d’opinion, la liberté de conscience sont le fruit de cet héritage européen. Cet héritage est entre nos mains.

L’Europe n’est pas Bruxelles. L’Europe est née du désastre et de la nécessité de former une communauté d’hommes et de femmes ayant en partage des valeurs et des principes universalistes. L’Europe, c’est un socle commun, des siècles de construction d’une culture commune sans exclusive arrimée tout à la fois à la Grèce et à Rome, aux civilisations portées par la foi, à l’humanisme de la Renaissance, à la raison des Lumières, à l’émancipation des peuples, à l’éclosion des droits et des libertés. La démocratie, le pluralisme, la liberté d’opinion, la liberté de conscience sont le fruit de cet héritage européen. Cet héritage est entre nos mains. C’est à nous, universalistes, de le défendre, sur le terrain, dans les urnes et partout où nous aurons le sentiment d’être utiles à la fraternité et au bien public.

Mario Stasi
Président de la LICRA


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