« On n’ose plus s’avouer franchement antisémite, alors on est antisioniste », disait-on (déjà) en 1980

Source : franceinfo - Thomas Snégaroff

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Le 3 octobre 1980, une bombe explose rue Copernic, tuant 4 personnes et faisant une quarantaine de blessés. / © PHOTOPQR/LE PARISIEN

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L’antisionisme est-il le masque de l’antisémitisme ? La question est désormais posée par des parlementaires qui voudraient sanctionner le premier comme l’est aujourd’hui le second.

L’antisionisme est aussi ancien que le sionisme. Il est même plus ancien, si l’on considère que le père du sionisme, Theodore Herzl, en fut d’abord un adversaire acharné, avant de défendre l’idée d’un foyer juif national, sa conversation devant beaucoup à la vague d’antisémite au moment de l’affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle qui a généré un conflit social et politique majeur autour de l’accusation de trahison faite au capitaine Alfred Dreyfus qui est finalement innocenté

L’antisionisme avant Israël

Même quand le sionisme devient une réalité avec la déclaration Balfour de 1917 par laquelle les Britanniques promettent aux Juifs un foyer national après la guerre, en Palestine où ils viennent de prendre pied, toujours au sein de la communauté juive, des voix s’élèvent contre la perspective d’un État juif.

C’est notamment le cas de Sir Edwin Montagu, éminent parlementaire britannique qui s’y oppose par écrit, évoquant l’inexistence de nation juive et s’inquiétant des conséquences pour les Juifs d’Europe qui pourraient être chassé vers ce qu’il appelle ce « ghetto des juifs ».

L’antisionisme au temps d’Israël

Après 1948 et la naissance d’Israël, l’antisionisme change de sens. À partir de cette date, se réclamer de l’antisionisme revient à refuser à Israël le droit d’exister et donc de défendre sa destruction. Une position particulièrement défendue par les Palestiniens. « La libération, c’est l’émancipation de notre pays et la destruction d’Israël comme État », déclare Ahmed Choukeiry, président de l’OLP, le 26 mai 1967 dans l’émission « Panorama » sur l’ORTF.

Cette position est largement dominante au sein du monde arabe qui ne reconnaît par l’État juif, en tout cas jusqu’à ce que l’Égypte ne le fasse à la fin des années 1970, date à laquelle l’Iran, qui devient République islamique, rejoint le groupe de ceux qui veulent rayer Israël de la carte du monde. Aujourd’hui, une vingtaine d’États membres de l’ONU, essentiellement au sein de la Ligue arabe, ne reconnaissent pas Israël

L’antisionisme, nouvelle expression de l’antisémitisme ?

Il y a aujourd’hui, au sein de la société française, un antisionisme à visage ouvert dont certains voient une forme nouvelle de l’antisémitisme. L’invitation du conflit israélo-palestinien en France n’est pas nouvelle et a pu nourrir un rejet de la politique menée par Israël prenant parfois la forme extrême d’un rejet tout court d’Israël, pouvant cacher une haine des Juifs.

La sonnette d’alarme, qui retentit depuis hier très fortement, a été tirée il y a déjà bien longtemps. Il existe une archive exceptionnelle, qui date du 4 octobre 1980, le lendemain de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic. On ignore alors qui est le responsable de l’attentat. Les propos de Jean Pierre-Bloch, président de la LICRA et grand militant de l’antiracisme, sont d’une incroyable actualité. Une archive qui a presque 40 ans : « Depuis quelques temps, on dit ‘sale sioniste », on dit plus ‘sale juif’. La propagande antisioniste est exactement la même que la propagande antisémite. On n’ose plus s’avouer franchement antisémite, alors on est antisioniste, ça fait bien. Mais l’antisionisme n’est pas le monopole de la droite, on le trouve hélas dans les partis qui ont la prétention d’être dans la tradition d’être de Jaurès ou de Léon Blum », affirme Jean Pierre-Bloch dans le journal télévisé de TF1.

À l’époque, personne n’avait voulu prendre au sérieux ce genre de propos. Quarante ans plus tard, le problème qu’il soulevait fait la Une de l’actualité. Quarante ans de perdu ?

1 COMMENTAIRE

  1. Je cite votre article : « La propagande antisioniste est exactement la même que la propagande antisémite. On n’ose plus s’avouer franchement antisémite, alors on est antisioniste, ça fait bien. Mais l’antisionisme n’est pas le monopole de la droite, on le trouve hélas dans les partis qui ont la prétention d’être dans la tradition d’être de Jaurès ou de Léon Blum ».

    Certes il y a des antisionistes qui sont antisémites et il y a même des antisémites qui sous couvert d’antisionisme déversent leur haine des Juifs.

    Ce n’est cependant pas une raison pour criminaliser l’antisionisme qui est une opinion politique (que l’on peut discuter comme toute opinion politique). On peut être antisioniste, on a le droit d’être antisioniste et de refuser tout racisme, cela fait partie de la liberté d’expression.

    Aller contre ce droit serait aller contre les Droits de l’Homme de 1948, qui dans son article 19 stipule : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

    Je vous invite, par ailleurs à lire le texte qui suit.
    Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord en tous points, bien sûr.

    Mais je vous prie de bien vouloir faire crédit aux auteurs de ce texte de leur honnêteté et de leur bonne foi.
    Car faute d’accorder la bonne foi à son interlocuteur, toute discussion devient impossible, et les rapports entre humains peuvent aller (vous le savez) vers le pire.
    Accordons-nous mutuellement la bonne foi (au moins partielle) et faisons en sorte de nous parler comme des êtres qui partagent une même humanité.

    Amicalement
    Gabriel CHEL

    https://ujfp.org/

    Nous sommes juifs et nous sommes antisionistes

    mardi 19 février 2019 par Coordination nationale de l’UJFP

    Nous sommes juifs, héritiers d’une longue période où la grande majorité des Juifs ont estimé que leur émancipation comme minorité opprimée, passait par l’émancipation de toute l’humanité.

    Nous sommes antisionistes parce que nous refusons la séparation des Juifs du reste de l’humanité.

    Nous sommes antisionistes parce la Nakba, le nettoyage ethnique prémédité de la majorité des Palestiniens en 1948-49 est un crime qu’il faut réparer.

    Nous sommes antisionistes parce que nous sommes anticolonialistes.

    Nous sommes antisionistes par ce que nous sommes antiracistes et parce que nous refusons l’apartheid qui vient d’être officialisé en Israël.

    Nous sommes antisionistes parce que nous défendons partout le « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».

    Au moment où ceux qui défendent inconditionnellement la politique israélienne malgré l’occupation, la colonisation, le blocus de Gaza, les enfants arrêtés, les emprisonnements massifs, la torture officialisée dans la loi … préparent une loi liberticide assimilant l’antisémitisme qui est notre histoire intime à l’antisionisme,

    Nous ne nous tairons pas.

    La Coordination nationale de l’UJFP, le 18 février 2019

    ___ fin ___

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