Soral, un antisémite à la barre

Mercredi 14 mars, Alain Soral comparaissait de nouveau devant la 17ème chambre correctionnelle du TGI de Paris pour trois chefs d’accusation :

–          Provocation publique à la haine raciale pour le dessin de l’échiquier politique

–          Provocation à la haine raciale et injure publique à caractère racial pour les cancrelats

–          Non respect des dispositions de la LCEN (Loi sur la Confiance en l’Economie Numwérique)

 

Le tribunal comme tribune

S’il est condamné à l’issue de ce nouveau procès, ce sera la 58e fois pour Alain Bonnet dit « Soral ». L’enceinte de la 17ème chambre du Palais de justice de Paris lui est désormais familière et ses supporters sont venus en nombre, comme d’habitude. La salle d’audience est baignée d’une lumière éclatante qui contraste singulièrement avec les faits qui sont reprochés à cet antisémite récidiviste. L’énoncé de ce qui lui est reproché est long. Aussi long que son casier judiciaire.

 

C’est Alain Soral qui est appelé à la barre pour ouvrir les débats. Son obsession antisémite transpire inévitablement lorsqu’il invoque de nouveau cette « communauté juive organisée » qui dispose d’un « très, trop grand pouvoir » et qui a selon lui « influencé le cours des élections présidentielles 2017 ». Au moment de se justifier au sujet de la publication des caricatures, sur le site d’Egalité et Réconciliation, il ne peut résister à cet humour douteux dans lequel il trempe sa haine depuis des années : « J’ai fait les Beaux-Arts. J’ai réussi moi, contrairement à certains personnages historiques, le concours des Beaux-Arts. » Pour sa défense, il s’évertue à présenter les « cancrelats » comme de simples « petits insectes » et proclame qu’il entend « assumer les inélégances de ses ouailles ».

Maître Viguier, son avocat, demande alors à faire citer des témoins et la projection d’un film qui doit démonter sur la véracité de ce que les deux caricatures antisémites incriminées dénoncent. S’en suit alors une vidéo grossièrement montée et faites de passages télévisuels qui, au contraire de le dédouanner, viennent étayer un peu plus l’antisémitisme forcené de Soral et son obsession des Juifs.


C’est désormais aux parties civile d’appeler un témoin. Marc Knobel, le président de l’association « J’accuse », s’avance à la barre. N’invoquant pas le courage mais plutôt la responsabilité, celle de ne pas laisser une fois de plus Alain Soral délivrer une tribune politique devant ce tribunal, il dénonce l’acharnement antisémite : « on crache sur la Shoah, sur nos malheurs. On crache sur nos tombes ». Citant l’extrait d’une interview que Soral avait donné à Libération, Marc Knobel pointe l’odieuse contradiction qu’il y a à se revendiquer « républicain » tout en se disant « national-socialiste » ou soutien du régime de la Corée du Nord. 


Puis, c’est Joël Kotek, expert en caricature antisémites arrivant de Bruxelles qui est appelé pour témoigner à l’initiative de la LICRA : « La caricature n’est pas anodine, c’est un art très particulier qui procède à une déformation du réel parfois avec outrage. » Il n’en doute pas, c’est ici le cas avec les deux caricatures mises en cause, qui présentent une réalité « inversée, inventée ». Pour ne pas dire fantasmée.

 

D’un facho à l’autre

Maître Viguier, avocat de Soral, appelle à son tour des témoins à la barre. Jacob Cohen, écrivain de son état, vient demander à la barre « la séparation du CRIF et de l’Etat ». C’est ensuite une autre figure de la galaxie soralienne qui fait son apparition en la personne d’Hervé Ryssen, lui aussi déjà condamné en raison de son antisémitisme. Il est venu avec ses feuillets, de nombreuses pages remplies de citations censées prouver le complot et expliquer les « cancrelats ». Le tribunal lui rappelle que dans le cadre d’un témoignage, la lecture d’un texte n’est pas autorisée à la barre. Un dernier témoin cité par la défense fait office d’historien et se lance dans une démonstration prétendument scientifique et réellement filandreuse pour essayer de justifier, en vain, l’injustifiable. 

 

A la suspension de séance, au dehors de la salle, on « débrieffe » ici et là le triste spectacle auquel on vient d’assister. Il y a les sourires des uns et l’incrédulité des autres. Les caméras d’ERTV (la chaîne de propagande « soralienne ») et son présentateur vedette recueille les réactions. Le moment est venu de revenir dans la salle. Les plaidoiries des deux parties vont commencer. 



Les parties civiles contre la haine

C’est la LICRA, représentée par Maître Ilana Soskin, qui prend en premier la parole. C’est par la surprise qu’elle introduit son propos. Celle d’avoir assisté aux témoignages de la défense qui ne témoigne finalement de rien sinon d’un antisémitisme décomplexé et d’un flot de haine. C’est le « banquet de Rivarol » dit-elle, et cela ne la fait ni rire ni pleurer mais conforte son inquiétude car il ne s’agit ici que de la face émergée de l’iceberg. Ces caricatures, contrairement à ce que prétend Soral, ne sont pas le procès de Jacques Attali, de Julien Dray ou de Bernard-Henri Lévy. Elles ne sont que le procès des « Juifs », que la tribune des théories du complot juif qui viserait à la domination mondiale. Stéphane Lilti, l’avocat de l’UEJF prend ensuite la parole. Il s’adresse indirectement à l’autoproclamé président à vie Soral. « Jusqu’où, jusqu’à quand diffusera-t-il sa haine des juifs ? ». Il s’inquiète de voir la pensée et l’expression « soralienne » se radicaliser avec le temps. Il ironise ensuite sur les dires d’Alain Soral qui avait déclaré que s’il était incarcéré, il écrirait un livre : « ne privons pas la France de ce monument de littérature ». Les plaidoiries des parties civiles se poursuivent et on invoque « La métamorphose » de Kafka et sa « vermine monstrueuse », la propagande nazie et le film commandé par Goebbels dans lequel les Juifs sont représentés comme des rats. Comment ne pas faire le parallèle avec l’iconographie des caricatures qui présentent aujourd’hui les Juifs comme des « cancrelats ».

 

La défense a la parole en dernier. C’est la loi.

Le réquisitoire de Madame le procureur sera sans concession : 3 mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende pour le Non respect des dispositions de la LCEN et un total d’un an de prison ferme pour la publication des caricatures sur le site d’Egalité et Réconciliation. Alain Soral, lui, confondra de nouveau l’enceinte du tribunal avec celui d’un plateau télévisé ou d’une scène politique. Criant, s’applaudissant lui-même, il déclame le discours qu’il avait pris soin d’imprimer sous les regards béats de son fan club. Il faudra tout le sang-froid et l’autorité des juges pour ramener le calme dans la salle. Le verdict est attendu le 1er juin 2018.