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1 jour, 1 combat. 17 mai 1954 : la ségrégation scolaire est interdite aux États-Unis

Au début des années 1950, la plupart des États du Sud des États-Unis pratique la ségrégation raciale, qui touche, entre autres domaines, la scolarité. Il existe alors des écoles pour Blancs et des écoles pour Noirs ; la couleur de peau constitue un prétexte suffisant pour refuser l’inscription d’élèves noir(e)s dans les premières. Linda Brown en fait l’expérience à l’âge 9 ans, en 1951, lorsque son père se heurte au refus d’une école proche du domicile familial, à Topeka (Kansas), de l’accueillir.

Oliver Brown décide alors de contester devant la Justice la loi du Kansas, qui autorise les villes de plus de 15.000 habitants à instituer des écoles séparées. La National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) s’empare de l’affaire et délègue un avocat, Thurgood Marshall, qui rassemble plusieurs cas du même type pour mener une action groupée.

La procédure est longue mais elle aboutit. L’affaire est portée devant la Cour Suprême, présidée depuis 1953 par Earl Warren, un progressiste partisan de la déségrégation qui exerce une influence certaine sur ses collègues : le 17 mai 1954, un arrêt de la Cour Suprême déclare inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques. Il est adopté à l’unanimité des neuf juges qui composent la Cour.

L’arrêt Brown v. Board of Education conteste la jurisprudence Plessy v. Ferguson sur laquelle s’est appuyée la cour du Kansas dans son jugement en première instance. Rendu par la Cour suprême le 18 mai 1896, l’arrêt Plessy autorisait les États qui le souhaitaient à imposer des mesures de ségrégation raciale, à condition que les divers groupes « raciaux » se voient malgré tout offrir des conditions égales (il s’agissait dans cette affaire de l’usage des chemins de fer). La doctrine est résumée par l’expression : separate but equal (« séparés mais égaux »). C’est précisément celle-ci qui est contestée dans l’arrêt du 17 mai 1954 : « la doctrine separate but equal (…) n’a pas sa place dans le domaine de l’éducation ».

L’arrêt se fonde notamment sur le constat que l’éducation publique était quasiment inexistante en 1896. Les juges considèrent qu’il faut prendre acte de l’évolution : « Nous devons considérer l’éducation publique à la lumière de son plein développement et de sa place actuelle dans la vie américaine à travers la Nation. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de déterminer si la ségrégation dans les écoles publiques prive ces plaignants de l’égale protection des lois. »

Or, le jugement de la Cour du Kansas en a elle-même désigné les limites dans son jugement : « La ségrégation des enfants blancs et de couleur dans les écoles publiques a un effet néfaste sur les enfants de couleur. L’impact est plus important lorsqu’il est sanctionné par la loi ; car la politique de séparation des races est généralement interprétée comme une manifestation de l’infériorité du groupe noir. Le sentiment d’infériorité affecte la motivation d’un enfant à apprendre. La ségrégation avec la sanction de la loi a donc tendance à [retarder] le développement éducatif et mental des enfants noirs et à les priver de certains des avantages qu’ils recevraient dans un système [mixte] ». Ce constat n’avait pourtant pas empêché la cour du Kansas de se prononcer contre les plaignants noirs.

L’arrêt du 17 mai 1954 conclut donc que dans l’enseignement public, « une telle ségrégation est un déni de l’égale protection des lois. » Il faut noter que l’arrêt ne conteste pas la légalité de la ségrégation mais qu’il la rend inapplicable dans le champ de l’éducation.

L’année suivante, une autre décision de la Cour Suprême règle les questions d’applications. Elle accepte cependant le principe de délais en une formulation ambiguë qui va être utilisée pour freiner la désagrégation.

Dix ans plus tard, en juin 1964, Tuvia Karmel en fait un édifiant bilan dans les colonnes du Droit de Vivre, organe de la LICA : 

« Au Mississippi, pas un élève noir ne peut assister à des cours d’écoles ou d’Universités « blanches ». Toutes les demandes ont été rejetées. C’est le seul État des U.S.A. où la ségrégation existe à 100 pour cent, comme du temps de l’esclavage. Dans le reste du pays il y a parfois progrès.

En Alabama, sur 287.414 élèves et étudiants noirs, 11 seulement, ont été acceptés, après de mémorables luttes, par des écoles blanches.

Dans le South-Carolina (258.955 élèves noirs), dix seulement ont été acceptés par les écoles blanches.

Dans l’Etat de Géorgie (337.534 élèves et étudiants noirs), 177 ont pu accéder à des écoles blanches. »

La loi du 2 juillet 1964 (Civil Rights Act) met officiellement fin à la ségrégation raciale aux États-Unis, sans mettre toutefois un terme aux inégalités héritées d’une longue et sombre histoire.

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