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1 jour, 1 combat / 1er mai 1995 : la mort de Brahim Bouarram, un crime raciste


Il est 11h30 le 1er mai 1995. Une semaine avant le 2ème tour de l’élection présidentielle. Près du Pont du Carrousel à Paris, cinq individus aux crânes rasés, vêtus de blousons Bombers et chaussés de rangers, quittent le cortège de la traditionnelle manifestation du Front National pour rejoindre le quai situé en contrebas. Ils croisent un jeune épicier marocain de 29 ans qui flâne le long de la Seine. Il attend sa copine, Alice, bénévole des Restos du Coeur et qui doit arriver de Nice en avion.Très rapidement, d’après les témoins, deux d’entre eux l’empoignent et le jettent dans le fleuve à un endroit où le courant est très tumultueux. Des passants appellent les secours. Les sauveteurs repêchent quelques longues minutes plus tard le corps sans vie de Brahim. Il ne savait pas nager. Il est mort noyé. 
Les auteurs de ce crime, eux, sont remontés sur la partie haute du quai et ont rejoint leurs amis skinheads et se mêlent à la foule assemblée parmi un groupe qui fait ostentation de signes néonazis. 

A 13 heures, le parquet de Paris ouvre une enquête. A 15 heures, quand Alice, la copine de Brahim Bouarram arrive à Paris, il est trop tard. Le 3 mai, François Mitterrand, encore président de la République pour quelques jours, va s’incliner sur les lieux et jette, en hommage, une gerbe de fleurs à la Seine. 12 000 personnes défilent dans la capitale pour dénoncer ce crime raciste. Jean-Marie Le Pen lui, n’a pu réfréner son goût pour la provocation en déclarant : «Je regrette qu’un malheureux se soit noyé, mais dans une agglomération de 10 millions d’habitants, ce genre de fait divers peut toujours se produire, ou même être créé à volonté». 

Le 9 mai, l’enquête a avancé et a permis d’identifier Michaël Fréminet, David Halbin, Christophe Calame et David Parent. Ce sont des jeunes qui étaient venus de la région de Reims pour se joindre au défilé du Front National et participer à la Fête de Jeanne d’Arc. Ils ont même emprunté les bus affrétés gratuitement par le parti frontiste. 

Fréminet, 19 ans, fraichement libéré de ses obligations militaires et demandeur d’emploi, est rapidement identifié comme étant l’auteur principal. Il est condamné le 15 mai 1998 par la Cour d’assises de Paris à huit ans de prison ferme pour meurtre. La cour condamne également Christophe Calame (militant de L’Œuvre française), David Halbin (cuisinier, adhérent au FN) et David Parent à cinq ans de prison dont quatre avec sursis, pour non-assistance à personne en danger. La LICRA était partie civile à ce procès. 

Reste une question en suspend : qui porte la responsabilité de ce crime raciste. Comme le rappelle le journaliste Fabrice Drouelle, il y a « la responsabilité pénale des accusés, d’abord, puis celle, morale, du Front national, et enfin, la responsabilité collective d’une société qui marginalise certains de ses éléments jusqu’à la violence, parfois la plus barbare. »

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