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1 jour, 1 combat : 28 avril 1936 : les obsèques de Léon Kalifa, mort en « homme libre »

1 jour, 1 combat : La chronique antiraciste

Le 28 avril 1936 ont lieu dans la ville d’Aïn Témouchent (Algérie), près de Sidi Bel Abbès, les obsèques d’une jeune militant de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA), Léon Kalifa. Le drame qui l’a frappé a conduite l’association antiraciste à l’ériger en martyr.

Le 11 avril 1936, dans le contexte des élections législatives françaises, l’activiste antisémite Henry Coston a démarré une campagne agressive à Alger, où il brigue une circonscription. Coston marche dans les traces d’Édouard Drumont, le « pape de l’antisémitisme », qui avait été élu à Alger en 1898 sur un programme antijuif. La présence et l’activité de ce militant pro-hitlérien, en lien avec Julius Streicher, directeur du Stürmer, suscitent une vive émotion dans la population, d’autant que Coston a fait poser un calicot au balcon de sa permanence de la rue d’Isly, qui affiche la couleur : « ‘La Libre Parole’ Permanence Henry Coston (CANDIDAT ANTIJUIF) »

Des manifestations sont organisées sur place. Celle du 19 avril rassemble plusieurs centaines de personnes ; deux militants de la LICA lacèrent alors la banderole outrageante. Son remplacement à l’identique provoque une nouvelle action deux jours plus tard, qui tourne au drame. Le 21 avril, quatre membres de la LICA font irruption dans les bureaux de Coston. Léon Kalifa, l’un d’entre eux, décoche un coup de poing à un militant présent sur les lieux, qui s’empare d’un revolver et fait feu à plusieurs reprises. Trois des assaillants sont touchés, dont Kalifa, qui décédera à l’hôpital. Un arrêté préfectoral met un terme à la campagne de Coston.

Les obsèques de Léon Kalifa se déroulent à Aïn Temouchent une semaine plus tard, le mardi 28 avril 1936, entre les deux tours des élections. Une dizaine de milliers de personnes est présente. L’émotion est grande. Les partisans du Front populaire sont nombreux, ainsi que des personnalités de « toutes les classes de la société, de toutes les opinions, de toutes les religions ». Car, note Le Droit de Vivre dans son compte rendu de l’événement, « nul cœur, si rude qu’il se croie, n’est resté insensible devant ce drame du racisme dans la partie vraiment vivante des populations d’Algérie, c’est-à-dire dans celle qui n’a pas été envahie ni même touchée par la gangrène hitlérienne ». De fait, les musulmans sont nombreux à s’associer à la cérémonie, dans un contexte où la LICA a engagé, depuis plusieurs mois, une active campagne en faveur du « rapprochement judéo-musulman ».Dans le discours qu’il prononce ce jour-là, Sadia Lévy, président de la section d’Oran de la LICA, évoque un jeune homme « tombé en accomplissant [son] devoir d’homme libre ». Par l’évocation du sacrifice de ses aïeux, il confère une dimension patriotique à la lutte contre l’antisémitisme : « Léon Kalifa, tu es mort en héros, presque comme ton père, mort pour la France, des suites de ses blessures, comme ton oncle mort aussi de ses blessures de guerre, et enfin comme ton cousin mort aux Dardanelles. »Pour les militants antiracistes, la preuve du potentiel explosif de l’antisémitisme a été une fois de plus administrée.

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