ActualitésLa création sacrifiée au nom de la politique internationale. Une censure inacceptable.

La création sacrifiée au nom de la politique internationale. Une censure inacceptable.

Suite à des pressions exercées ces dernières semaines autour de la présence du réalisateur Nadav Lapid à la prochaine édition du FID Marseille, celui-ci a renoncé à y participer.

Le FID Marseille a publié un communiqué dans lequel il affirme, avec raison, qu’il est « parfaitement illégitime de tenir un cinéaste pour responsable ou comptable de la politique
menée par le gouvernement de son pays »
. Ce principe devrait pourtant conduire à une conclusion simple : la présence de Nadav Lapid dans un festival de cinéma ne devrait jamais devenir l’objet d’une campagne de boycott fondée sur son origine.

Nadav Lapid est un artiste ; son œuvre témoigne depuis des années d’une réflexion critique sur la société israélienne, ses tensions et ses dérives. Le FID Marseille rappelle que « le cinéma n’est pas une ambassade ». Cette formule est juste. Elle implique également qu’un cinéaste ne saurait être considéré comme le représentant de son gouvernement, et sa présence ne doit pas être évaluée à l’aune des politiques de son pays ; les artistes doivent être accueillis seulement pour ce qu’ils créent.

Le festival explique avoir résisté aux demandes de déprogrammation et maintenu son invitation. Mais le fait demeure que le climat créé autour de cette venue a finalement conduit Nadav Lapid à renoncer à sa participation. Cette affaire fait suite au boycott de Joann Sfar au festival « OH les beaux jours ! » ce festival n’a pas plié, lui. Mais elle fait aussi suite à ce que le même Joann Sfar dénonçait dans son livre «Nous vivrons» ; la difficulté pour les artistes juifs de s’exprimer en France, difficulté qui devient de plus en plus prégnante.

Ainsi, l’auteur de bande dessinée n’est parvenu à trouver un éditeur courageux qu’avec difficulté pour un livre pourtant majeur. Dans ce livre, il raconte aussi les difficultés d’autres artistes juifs connus à exprimer un point de vue sur leurs origines ou la façon dont ils vivent leur judéité.

Il semble que des cinéastes, en raison de la présence de Nadav Lapid, aient choisi de ne pas participer à ce festival, ce qui l’a sans doute conduit à renoncer à cette participation. Mais la seule solution aurait été d’avoir le courage de maintenir sa présence et de convaincre les cinéastes de ne pas annuler leur participation ou d’annuler cet évènement durablement entaché. Le plus troublant est que pour condamner cette action de boycott scandaleuse, les organisateurs ont repris les termes employés par ceux qui justement en sont à l’origine, sans nuances.

Lors de sa venue en France à l’initiative d’une association dénommée les « Guerrières de la paix » un palestinien, constatant l’état de délabrement du dialogue en France a déclaré : « Si vous ne faites pas la paix chez vous, comment pouvez-vous nous aider à faire la paix là-bas ? ».

Le rôle d’un évènement culturel tel que celui du FID Marseille est aussi de rappeler que juifs et palestiniens, pendant des siècles, ont bu la même eau et d’appeler à la paix et au dialogue.

Le texte du FID Marseille apparaît plus comme une autojustification que comme une critique de ceux qui se sont prêtés à ce boycott lamentable. Il sauve sa peau en sacrifiant son invité, laissant un homme seul et pointé du doigt parce que juif.

Ce n’est plus acceptable.

Serge Tavitian
Président de la Licra Marseille-Métropol
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N°689 – Le DDV • Désordre informationnel : Une menace pour la démocratie – Automne 2023 – 100 pages

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