Actualités Mémoire & Histoire Pourquoi un monument n’est pas assez

Pourquoi un monument n’est pas assez

Rachel Hatcher, auteur du livre The Power of Memory and Violence in Central America publié en 2018, rappelle à travers l’exemple du Salvador que la simple construction d’un monument pour commémorer la guerre civile du pays peut nous dépouiller de l’obligation de se souvenir et enfermer dans le silence la violence d’un passé indigeste.

La question se pose aujourd’hui au sujet de l’enseignement de la Shoah en Europe centrale Il apparaît rapidement que le système scolaire a été défaillant, à l’image de la manière dont est évoqué le rôle des polonais dans l’extermination des juifs d’Europe ou, plus récemment, des programmes scolaires hongrois, adoptés en février 2020 et qui rendent obligatoire la lecture des auteurs hongrois racistes et antisémites comme Albert Wass et Jozsef Nyiro pour ne nommer qu’eux.

Ces phénomènes dépassent le simple déni, malheureusement habituel, sur ces sujets. Nous assistons à une résurgence d’un militantisme négationniste en Europe, à une volonté manifeste d’oublier, d’effacer le passé, comme le fit le gouvernement polonais par le biais d’une loi de 2018, incriminant tout ceux qui attribuent à la Pologne des crimes contre l’humanité pendant l’époque nazie. Il s’agit là d’une initiative qui vise à faire taire les libertés académiques et journalistiques au profit d’une histoire officielle établie par l’Etat, selon sa doctrine, au détriment du travail nécessaire des historiens.

Aujourd’hui, la situation est problématique. En Ukraine à Odessa, l’histoire de la Shoah est très mal connue par la population locale, qui ne sait pas ce qui s’est passé pendant l’occupation nazie. Les visites au musées dédiés à la mémoire de la Shoah sont pourtant gratuites, les professeurs d’école et d’université sont souvent invités et encouragés à organiser des sorties scolaires. En vain. Il faut pourtant faire ce travail en replaçant les enseignants au cœur de la transmission de la mémoire. Il s’agit, pour reprendre la sociologue Elizabeth Jelin, de se “souvenir d’une autre mémoire” pour ne pas faire “dominer sa mémoire”. 

Denis Neselovskyi
Stagiaire à la LICRA

Pour aller plus loin :

Marcelo Dimenstein et Ewa Tartakowsky, “JEWISH EUROPE TODAY – BETWEEN MEMORY AND EVERYDAY LIFE”.

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

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