Génocide des Tutsis : Barahira et Ngenzi condamnés à perpétuité “au nom du peuple français”

La LICRA était partie civile dans ce procès historique

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ATTENTION EDITORS - VISUAL COVERAGE OF SCENES OF INJURY OR DEATH A Rwandan boy covers his face from the stench of dead bodies in this July 19, 1994 file photo. April 7, 2014 marks the 20th anniversary of the Rwanda genocide which killed 800,000 people. The three-month killing spree in 1994 by Hutu extremists targeted ethnic Tutsis, but moderate Hutus were also caught in the wave of violence that followed the fatal downing of a plane carrying Rwandan President Juvenal Habyarimana. REUTERS/Corinne Dufka/Files (RWANDA - Tags: CIVIL UNREST ANNIVERSARY POLITICS) TEMPLATE OUT ORG XMIT: PXP15

La Cour d’Assises d’Appel de Paris a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité Tito Barahira et Octavien Ngenzi pour « crime contre l’Humanité » et « génocide » en raison de leur participation à génocide rwandais en 1994. Arrêtés sur le sol français, ils ont été jugés par la France au titre de la compétence universelle exercée par la France en matière de crimes contre l’humanité et de génocides. La LICRA, représentée par Me Sabrina Goldman et Me Rachel Lindon, est partie civile dans cette affaire. Retour sur une affaire emblématique des mécanismes qui conduisent à la destruction de l’autre parce qu’il est autre.

Les faits

Dans la matinée du 13 avril 1994, les miliciens Hutus Interahamwe se regroupent aux abords de la place du marché et du stade de la ville de Kabarondo pour se préparer à commettre leur forfait. Foulards rouges, lances, armes à feu sont exhibés par les Hutus. Ils sont rejoints par des soldats de l’armée régulière rwandaise.

L’assaut peut alors commencer contre les 3500 réfugiés Tustis massés dans l’Eglise de la ville et ses abords. Le bâtiment est bombardé. Les Tutsis se défendent avec les briques qui se sont descellées pendant l’attaque. A l’issue de cet assaut, au milieu des cadavres, les miliciens font ensuite sortir les survivants et entreprennent de “séparer les Hutu des Tutsi”. Octavien Ngenzi et Tito Barahira sont là et participent aux “opérations” et au “tri”. De nombreux témoins ont raconté l’horreur de cette journée. Richard Musoni, rescapé, se souvient avoir vu Tito Barahira tuer quatre Tutsi pour inciter la population à faire de même. Puis, selon Jean Damascène, témoin du massacre, l’un d’eux a crié: “C’est le moment de couper. Et ils ont commencé à tuer des gens à la machette ».

Tito Barahira

Tito Barahira a 65 ans. Issu d’un famille d’agriculteurs, il devient instituteur. En 1973, après le coup d’Etat et la prise du pouvoir par Juvénal Habyarimana, il rejoint le Ministère de la Jeunesse et des Sports en tant que chargé de l’encadrement de la jeunesse. De 1976 à 1986, le pouvoir le nomme maire de Kabarondo, une ville de l’Est du Rwanda proche de la Tanzanie voisine.

En accédant à ces fonctions, il devient de fait le président régional du parti unique hutu, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND). Sa proximité avec le Ministre de l’Intérieur de l’époque, originaire de la même région que lui, est connue de tous. En 1987, il rejoint la division locale d’Electrogaz, la société nationale d’électricité.

En janvier 1994, celui qui a conservé une certaine aura parmi ses anciens administrés reprend du service à la tête du MRND régional. Le 13 avril 1994, de nombreux témoins l’ont décrit supervisant le massacre de centaines de Tutsis rassemblés dans l’Eglise de la ville.

Devant l’avancée des troupes tutsis du Front patriotique rwandais (FPR), Barahira s’enfuit dans le courant du mois d’avril 1994. Comme de nombreux hutus, il rejoint le Burundi puis le camp de Benako en Tanzanie. Il résidera dans ce camp pendant deux ans avant de rejoindre pour Nairobi au Kenya. Sa femme, retournée au Rwanda, lui rend quelques visites avant de partir pour la France en 1997 où elle obtient l’asile politique quelques mois plus tard. Son fils la rejoindra en 2001.

Malade, Tito Barahira parvient à mettre le pied sur le sol français le jour de Noël 2004. Il rejoint alors durant deux ans l’Inspection académique de Toulouse où il travaille. Sous le coup d’un mandat d’arrêt international à la suite d’une plainte du CPCR, il est arrêté le 3 avril 2013.

Octavien Ngenzi

Octavien Ngenzi est né en 1956 (en 1958 selon la justice française). « Ma mère était Tutsi, mon père était Hutu. Qui je suis ? Il me reste des questions » lance-t-il à l’audience. Ce problème d’identité est une constante dans son parcours. Ayant dû quitter l’école selon lui, après avoir été pris pour un Tutsi à l’âge de 15 ans, il poursuit des études dans un établissement agricole.

Devenu agronome, il obtient son premier poste à Kabarondo où il rencontre le maire hutu de l’époque, Tito Barahira. Après deux années de spécialisation en foresterie effectuées au Kenya grâce à une bourse de coopération suisse, il est de retour au Rwanda. Il devient alors ingénieur agronome en charge du reboisement dans la région de Byumba.

Le 6 mai 1986, le ministère de l’Agriculture lui fait savoir qu’il est nommé bourgmestre de Kabarondo. Sa proximité avec le très influent colonel Pierre-Célestin Rwagafilita est avancée pour expliquer cette nomination subite. Alors que le multipartisme est mis en place en 1991 au Rwanda, il adhère malgré tout au MNRD, l’ancien parti unique du régime Hutu.

Marie-Thérèse Mukamwezi, rescapée du massacre de l’Eglise de Kabarondo, raconte le rôle de Ngenzi le 13 avril 1994 : « Il est allé chercher tous les Tutsis des environs avec son véhicule. Il les a rassemblés à l’église. Ensuite les miliciens Interahamwe ont attaqué l’église, mais la population a résisté et était plus forte. Alors Ngenzi est allé chercher les gendarmes en renfort ».

Trois jours plus tard, comme Barahira, devant l’avancée des troupes du FPR, il rejoint le camp de Benako en Tanzanie. Sa fuite le conduit au Kenya, aux Comores – où il se convertit à l’islam –  puis en France à Mayotte, où il est arrêté le 3 juin 2010 alors qu’il tentait d’obtenir le statut de réfugié politique sous une fausse identité.

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