Réseaux sociaux : Le coup de gueule de Mario Stasi

1
Mario Stasi, président de la Licra. IBO/SIPA

Président de la Licra (Ligue Internationale contre le racisme et l’antisémitisme), Mario Stasi pousse un coup de gueule contre la diffusion de propos racistes et antisémites et appelle le gouvernement à agir.

Propos recueillis par Bruno Jeudy

Paris Match. Etes-vous inquiet de la liberation de la parole qui a accompagné le mouvement des «gilets jaunes» et la diffusion de propos racistes, homophobes et parfois antisémites?
Mario Stasi. Evidemment. Nous sommes inquiets à la Licra. Ce n’est que la poursuite néfaste de la libération de la parole du fait de l’anonymat des réseaux sociaux. Camus disait : «Un homme ça s’empêche.» Avec l’émergence des gilets jaunes, je constate que tout ce qui peut passer dans la tête d’un individu peut se retrouver sans aucune retenue sur les réseaux sociaux ou parfois sur les chaînes infos. On a vu ainsi la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa se faire traiter de «putain à juifs». La Licra s’est fixée de ne rien laisser passer.

Que proposez-vous pour stopper un tel déferlement?
Nous avons transmis nos propositions au gouvernement. Nous souhaitons d’abord que le rapport Avia aboutisse le plus rapidement possible à une proposition de loi qui viserait à responsabiliser les hébergeurs de réseaux sociaux. Il s’agirait de les enjoindre à prendre des sanctions financières et à supprimer dans les 24 ou 48 heures les propos racistes sachant qu’ils s’exposeraient, le cas échéant, à des amendes de plusieurs dizaines de millions d’euros. Comme cela fonctionne en Allemagne avec succès.

Vous croyez possible un dispositif pour lever l’anonymat sur les réseaux sociaux?
Il faut une vraie réflexion sur la levée indispensable de cet anonymat sous couvert duquel les pires atrocités et propos ignominieux se trouvent diffusés en toute impunité sur le net. Pour lutter contre cette prolifération de propos racistes et antisémites, il faut couper le robinet d’immondices que peuvent être ces réseaux sociaux puisque ceux-ci ne s’autorégulent pas de façon efficace.

« En 2018, la Licra a dispensé des formations auprès de 32 000 collégiens et lycéens »

Quelles sont vos autres propositions?
Un des autres combats de la Licra est de faire en sorte que le délinquant raciste soit enfin traité comme un délinquant ordinaire. Je m’explique : aujourd’hui, Alain Soral ou Dieudonné Mbala Mbala ou tout autre raciste récurrent sur son blog, quel qu’il soit, bénéficient de la même protection procédurale qu’un journaliste qui aurait tenu un propos inapproprié, injurieux ou diffamatoire. Il sera donc jugé jusqu’à trois ans après la commission des faits avec les règles strictes dans une audience qu’il transformera en scène politique et lui donnera une nouvelle occasion de proférer et justifier ses propos racistes, antisémites, négationnistes ou complotistes. Le délinquant raciste doit être jugé comme un délinquant ordinaire dans les trois jours s’il est pris en flagrant délit ou dans un temps plus décent. Il faut faire sortir les délits racistes de la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

Quel bilan tirez-vous de vos actions de prévention dans les établissements scolaires?
En 2018, la Licra a dispensé des formations auprès de 32 000 collégiens et lycéens. Nos bénévoles s’adressent aux jeunes pour les sensibiliser aux questions génocidaires, à la transmission de la mémoire et à la laïcité. On les sort de leur classe pour leur montrer les lieux de culte, les emmener dans les mairies, à l’Assemblée nationale, au tribunal… L’idée est de faire progresser l’esprit critique, de leur apprendre le doute en les mettant en garde contre les «fake news» et parfois les extirper des réseaux prosélytes et identitaires. Nous avons passé un accord de partenariat avec le ministère de l’Enseignement supérieur. Et nous allons créer un campus numérique pour permettre aux étudiants de vérifier les thèses ou contre thèses pour déjouer tout ce qui relève du complotisme.

Le gouvernement en fait-il assez pour endiguer la montée des actes antisémites?
En 2018, les faits et actes antisémites ont augmenté de 69%. Moins de 1% de la population française est victime de 30% des propos et délits racistes. Les plans gouvernementaux, c’est bien mais ils ne vont pas assez loin et manquent de moyens. Les pétitions de principe qui ne sont pas suivis de finances sont vaines. La lutte contre l’antisémitisme ne peut pas se résumer à des marches comme celle après le meurtre de Mireille Knoll. C’est une chose d’attirer l’attention sur un drame inacceptable, c’est autre chose de passer à des actes concrets.

Etes-vous favorable à l’idée de modifier la loi de 1905 comme l’a annoncé Emmanuel Macron?
Cela n’est pas nécessaire. Le gouvernement doit pour autant, alors que nous sommes face à un dévoiement de l’Islam, s’attaquer à la transparence des flux financiers de certaines associations cultuelles et faire respecter les règles de la République dans les prêches des hommes et des femmes quel que soit le culte. Nous considérons qu’il n’est pas besoin de toucher à la loi de 1905 pour atteindre ces deux objectifs.

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour, je vous rappelle que la marche pour la republique et contre les blocages et les violences en tout genre y compris contre celles des propos antisémites se tiendra à Paris comme à Toulouse le 24 03 19. La premiere fois elle avait réuni 10 000 personnes le 27 01 19 à Paris. Parlez en autour de vous et venez nombreux. Prouvons aux medias et prouvons au monde que la France n’est pas faite que de gilets jaunes, la France ce n est pas uniquement les partis extremistes de mouvances FN et FI. Cordialement

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here