Actualités Mémoire & Histoire 1 jour, 1 combat. 22 mai 1949 : naissance du MRAP

1 jour, 1 combat. 22 mai 1949 : naissance du MRAP

Le MRAP trouve ses origines dans la clandestinité, sous l’Occupation. C’est alors que se constitue en effet le Mouvement national contre le racisme (MNCR), sous l’impulsion de résistants juifs communistes, qui combattent plus spécifiquement la persécution menée par l’occupant allemand et le régime de Vichy. Ce mouvement est l’un des tous premiers, en octobre 1942, à diffuser, via sa presse clandestine (J’Accuse en zone Nord et Fraternité en zone Sud), des informations relatives au génocide des Juifs. Dans le même temps, l’organisation vient en aide aux familles juives qui risquent d’être arrêtées à tout moment ; elle fabrique des faux-papiers, met en place des caches et organise des réseaux d’évasion vers la Suisse, l’Espagne ou l’Angleterre. Avec une autre organisation, l’Union des Juifs pour la résistance et l’entraide (UJRE),elle aussi constituée sous l’égide du parti communiste, le MNCR publie à partir de 1944 le journal clandestin Droit et Liberté.

À la Libération, le MNCR, vient en aide aux rescapés de retour de déportation. Une fusion temporaire de ses membres avec ceux de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA), dissoute en 1940 par Vichy, est décidée en juin 1946. L’ « Alliance antiraciste » révèle toutefois rapidement de fortes dissensions liées aux engagements politiques et aux parcours des uns et des autres dans la Résistance. La guerre froide cristallise ces oppositions.
La LICA relance la publication de son organe de presse, Le Droit de Vivre alors que les « dissidents », cadres ou proches du parti communiste, concentrent leur action politique autour de Droit et Liberté. C’est dans ce contexte que se forme le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix (MRAP). Sa création est officialisée le 22 mai 1949, lors d’un premier congrès au Cirque d’Hiver (Paris). Autour de son président André Blumel, se pressent ce jour-là à la tribune Charles Palant, Gabriel d’Arboussier, Marc Sangnier, Marcel Prenant, Jeanne Lévy, Yves Farge ou encore Marc Chagall.

Les discours sont résolument antifascistes et les participants, qui rendent des hommages appuyés aux victimes de l’extermination, font le serment « de ne jamais oublier les crimes commis par les assassins fascistes et leurs complices, collaborateurs et agents vichystes de la Gestapo ». Un coup d’œil sur l’assemblée, nombreuse, laisse toutefois entr’apercevoir une foule bigarrée, qui annonce la diversification des engagements du MRAP : anticolonialisme, anti-impérialisme, hostilité aux États-Unis et soutien au camp socialiste vont durablement maquer son action.

Avec la LICA, les tensions sont récurrentes, pour des raisons idéologiques mais également par la concurrence que se livrent assez inévitablement les deux organisations. Elles parviennent toutefois à se retrouver ponctuellement dans des manifestations communes, ou tout au moins dans les mêmes mots d’ordre : dénonciation de la Ségrégation aux États-Unis, chasse aux nazis, lutte contre l’extrême droite et le négationnisme… De nombreuses personnalités donnent par ailleurs leur appui à l’une et l’autre des organisations, sans y regarder de plus près.

Alors que la LICA occupait seule, avant la guerre, le terrain de lutte contre le racisme, la création du MRAP vient renforcer la présence de l’antiracisme dans la société française et son processus d’institutionnalisation, amorcé dans les années 1930 : le mouvement que va diriger Léon Lyon-Caen, Charles Palant, Albert Lévy ou encore Pierre Paraf, se montre particulièrement actif sur le terrain de l’éducation et celui de la répression judicaire du racisme et de l’antisémitisme. Les désaccords politiques avec la LICRA seront nombreux. Ils relèvent toutefois d’un pluralisme des idées en la matière, comme il en existe sur d’autres sujets fondamentaux, qui ne remet pas en cause l’approche universaliste qu’ont en commun ces deux associations historiques.

1 COMMENTAIRE

  1. Et quelques années plus tard, la partie contre l’antisémitisme a disparue ! Le sigle reste et est dénaturé de ses origines. L’amitié entre les peuples s’est substituée à la lutte contre l’antisémitisme. Mon père a quitté et a pleuré .

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