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1 jour, 1 combat. 9 mai 1994 : Nelson Mandela élu président de l’Afrique du Sud

Le 9 mai 1994, le Parlement d’Afrique du Sud est réuni pour un jour un peu spécial. Les 400 élus l’ont été lors d’élections législatives historiques, les premières élections non raciales depuis la création du pays. Fin avril 1994, le parti de Nelson Mandela, l’ANC, a écrasé le scrutin, obtenant près de 63% des voix. La campagne n’a pourtant pas été sereine, plusieurs attentats ayant témoigné d’un climat particulièrement tendu. Deux ans auparavant, les électeurs blancs avaient mis fin, sous la pression politique de Mandela et de l’ANC de nouveau autorisé après la libération, à la politique d’apartheid et ouvert la voie à une réforme constitutionnelle mettant fin au racisme d’Etat qui avait enserré le pays.

Le pays porte à sa tête pour la première fois un président noir qui a payé cher son engagement pour l’égalité : 27 ans, 6 mois et 6 jours d’emprisonnement.

Dès 1944, il s’était engagé dans un combat pour la justice et l’égalité auprès de l’ANC (African National Congress), rejoignant la Ligue de la jeunesse.

Le 21 mars 1960, le massacre de Sharpeville fait soixante neuf morts dont huit femmes et dix enfants. Abattus dans le dos, par des tirs policiers tandis qu’il tentaient de fuir après une manifestation. Nelson Mandela fonda alors le « Umkhonto we Sizwe » (le fer de lance de la nation), branche armée de l’ANC dont il prend le commandement. Réduit à la clandestinité, traqué, Nelson Mandela est arrêté le 5 août 1962. Sa libération n’interviendra que le 11 février 1990.

Le lendemain, 10 mai 1994, Mandela prête serment devant la « nation arc-en-ciel », Nelson Mandela et devient un symbole mondial de la lutte contre le racisme. Son discours d’investiture, d’une force extraordinaire, imprime déjà la volonté de réconciliation qui sera celle de sa présidence :

« De l’expérience d’un désastre humain inouï qui a duré beaucoup trop longtemps, doit naître une société dont toute l’humanité sera fière. (…)

Chaque fois que l’un d’entre nous touche le sol de ce pays, nous ressentons un sentiment de renouveau personnel. L’humeur nationale change avec les saisons.

Nous sommes mus par un sentiment de joie et d’euphorie lorsque l’herbe verdit et que les fleurs s’épanouissent.

Cette unité spirituelle et physique que nous partageons tous avec cette patrie commune explique l’intensité de la douleur que nous avons tous portée dans nos coeurs lorsque nous avons vu notre pays se déchirer dans un conflit terrible, et lorsque nous l’avons vu rejeté, proscrit et isolé par les peuples du monde, précisément parce qu’il était devenu la base universelle de l’idéologie et de la pratique pernicieuse du racisme et de l’oppression raciale.

(…)

Le temps est venu de panser nos blessures. Le moment est venu de réduire les abîmes qui nous séparent.Le temps de la construction approche.

Nous avons enfin accompli notre émancipation politique. Nous nous engageons à libérer tout notre peuple de l’état permanent d’esclavage à la pauvreté, à la privation, à la souffrance, à la discrimination liée au sexe ou à toute autre discrimination.

Nous avons réussi à franchir le dernier pas vers la liberté dans des conditions de paix relative. Nous nous engageons à construire une paix durable, juste et totale.

Nous avons triomphé dans notre effort pour insuffler l’espoir dans le coeur de millions de nos concitoyens. Nous prenons l’engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute sans aucune crainte au fond de leur coeur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine – une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde.

Comme gage de son engagement dans le renouveau de notre pays, le nouveau gouvernement transitoire d’unité nationale examinera, comme cas d’urgence, la question de l’amnistie pour plusieurs catégories de concitoyens qui purgent actuellement des peines d’emprisonnement.

Nous dédions ce jour à tous les héros, hommes et femmes, de ce pays et du reste du monde qui ont sacrifié, de diverses manières, et mis en jeu leur vie afin que nous puissions être libres. Leurs rêves sont devenus réalité. La liberté est leur récompense. »

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