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1 jour, 1 texte #18 : James Baldwin, “La culpabilité de l’homme blanc”, Ebony, août 1965

“Je me suis souvent demandé ce que les Américains blancs pouvaient bien avoir à se raconter entre eux. Je m’interroge, car, après tout, ils ne semblent pas avoir beaucoup à me raconter à moi ; J’en ai conclu, il y a longtemps, qu’ils devaient trouver la couleur de ma peau intimidante.

Cette couleur semblait opérer chez eux comme le plus désagréable des miroirs, et une grande partie de notre énergie est dépensée à rassurer les Américains blancs de ce qu’ils ne voient pas réellement ce qu’ils voient. Ceci est, naturellement, absolument futile puisqu’ils voient bien ce qu’ils voient. Et ce qu’ils voient, c’est une histoire affreusement oppressive et sanglante qui est connue dans le monde entier. Ce qu’ils voient, c’est une condition présente désastreuse qui se perpétue, qui les menace et pour laquelle ils portent une responsabilité inéluctable. Mais puisqu’il manque à la plupart d’entre eux l’énergie nécessaire pour changer cette condition, ils préfèrent qu’on ne la leur rappelle pas. Ce pourrait-il que, lorsqu’ils discutent entre eux, ils se contentent d’émettre des sons rassurants ? Cela semble à peine pensable, et pourtant, d’un autre côté, cela est plus que probable.

En tous cas, quoiqu’ils s’apportent les uns aux autres, il ne s’agit certainement pas de la libération du poids de la culpabilité. Celle-ci reste plus profondément enracinée, plus fermement logé que la plus ancienne des vieilles peurs. Et avoir à traiter avec de telles personnes peut être terriblement épuisant, car ils se défendent – et ce, avec une éblouissante ingéniosité, une inlassable agilité – contre des accusations, que nous – miroirs aussi impitoyables que nous pouvons être – n’avons pas réellement proféré pour le moment. Nous n’avons même pas à les proférer. Les faits sont là pour être lu. Ils résonnent à travers le monde. Ils pourraient tout aussi bien être inscris dans les cieux. On souhaiterait que les Américains — les Américains blancs — lisent ces faits, pour leur propre salut, et arrêtent de se défendre contre eux. Ce n’est qu’alors qu’ils seront capables de changer leurs vies. Le fait qu’ils en soient encore incapables — incapables d’affronter leur histoire, de changer leurs vies – menace horriblement ce pays. Cela menace, en fait, le monde entier.

Homme Blanc, écoute-moi ! L’Histoire, comme peu de gens le savent, n’est pas une simple chose à lire. Et elle ne se réfère pas simplement, ou même principalement, au passé. Au contraire, la grande force de l’Histoire provient du fait que nous la portons en nous, que nous sommes inconsciemment contrôlés par elle, et ce, de mille manières. L’Histoire est littéralement présente dans tout ce que nous faisons. Il en serait difficilement autrement, puisque c’est à l’Histoire que nous devons nos cadres de référence, nos identités ou nos aspirations. C’est avec une grande peine et une grande terreur que nous commençons seulement à réaliser ce fait. Avec une grande peine et une grande terreur, nous commençons à évaluer l’Histoire qui nous a placés là où nous nous trouvons et qui a formé notre point de vue. Avec une grande peine et une grande terreur, car nous entrons, par conséquent, en bataille avec cette création historique: Soi-même, et nous tentons de nous recréer selon un principe plus humain et plus libérateur ; nous commençons à tenter d’atteindre un niveau de maturité et de liberté personnelles qui dérobent à l’Histoire son pouvoir tyrannique, et qui va jusqu’à la modifier.”

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

"Droit d’asile : principes et urgences" - n°687 - Été 2022 – 108 pages

1 COMMENTAIRE

  1. En partie hors sol et anachronique, dans une Amérique du vingt et unième siècle où le suprémacisme noir est largement aussi répandu que le suprémacisme blanc, et où les suprémacistes noirs commettent de nombres crimes racistes : à Chicago, à New York etc..

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