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1 jour, 1 texte #26 : Hubertine Auclert, Discours au IIIe congrès ouvrier socialiste, à Marseille, 22 octobre 1879

1 jour, 1 texte : découvrez ou redécouvrez les grands textes universalistes.

« Citoyens, citoyennes

« Je viens, toute pénétrée d’estime pour cette grande assemblée, le premier des corps librement élus en France depuis tant de siècles, qui permette à une femme, non pas parce qu’elle est ouvrière, mais parce qu’elle est femme – c’est-à-dire exploitée –, esclave déléguée de dix-neuf millions d’esclaves, de faire entendre les réclamations de la moitié des déshérités du genre humain.

Écoutez nos plaintes, c’est commencer à vouloir être justes. Admettre les femmes au milieu de vous, au même titre que les prolétaires, c’est faire avec elles un pacte d’alliance défensif et offensif contre nos communs oppresseurs. (…) Avant que vous, hommes, vous conquériez le droit de vous élever jusqu’à vos maîtres, il vous est imposé le devoir d’élever vos esclaves, les femmes, jusqu’à vous. (…) Alors que vous parlez d’égalité, vous qui, étant vous-mêmes sous le joug, voulez garder des êtres au-dessous de vous. Que vous plaignez-vous des classes dirigeantes, puisque vous faites, vous dirigés, la même œuvre à l’égard des femmes que les classes dirigeantes ? (…) Si vous n’asseyez pas vos revendications sur la justice et le droit naturel, si vous, prolétaires, vous voulez aussi conserver vos privilèges, les privilèges de sexe, je vous le demande, quelle autorité avez-vous pour protester contre les privilèges de classe ?

Que pouvez-vous reprocher aux gouvernants qui vous dominent, qui vous exploitent, si vous êtes partisans de laisser subsister dans l’espèce humaine des catégories de supérieurs et d’inférieurs ? Craignez d’être accusés par vos maîtres de leur disputer des prérogatives dont vous êtes jaloux. Proclamez l’égalité entre les êtres que le hasard de la naissance fait homme ou femme. Ou, si vous l’osez, niez-la cette égalité et, en bons logiciens, reconnaissez votre infériorité native, le droit pour les classes dirigeantes de penser, d’agir, de jouir à votre place.

(…) Les différents chefs de groupe socialistes sont loin de reconnaître unanimement notre égalité. Nous ne pouvons compter sur les autoritaires qui, pour nous détourner de ce que nous regardons comme source et principe de droit : le vote, disent : « À quoi bon nous disputer les droits civiques, il n’y en aura pas besoin, dans la Société future ? » Dans la Société future, plus encore que dans celle-ci, il faudra qu’une idée obtienne l’acquiescement de la majorité pour triompher. D’ailleurs, nous n’en sommes pas encore à cette société future, et, pour l’édifier de manière à ce que les femmes ne soient pas lésées, il leur faut le droit de travailler à l’édifier ; il leur faut l’outil qui se trouve au pouvoir de l’homme : le bulletin de vote.

(…) À ceux qui disent qu’il est inutile de faire une question de femmes, que, dans l’avenir, tous les êtres seront égaux, je réponds : Il y a une question des femmes, parce qu’il y a une situation toute particulière faite aux femmes ; parce que les femmes ne peuvent se contenter de vaines promesses trop souvent démenties par les postulants de pouvoir, qui, aux heures de franchise, s’oublient jusqu’à dire : Quand nous serons arrivés, nous verrons la place qu’on pourra donner à la femme, sans nuire ni à l’espèce, ni gêner l’homme. Nous, femmes, nous ne nous occuperons pas d’aider le despotisme à changer de mains, ce que nous voulons, ce n’est pas déplacer, c’est tuer le privilège.

(…) La femme est, comme l’homme, un être libre et autonome. À elle, comme à lui, la liberté de choisir la voie qui lui convient. (…) Nous proclamons, comme vous, citoyens, le principe de l’égalité humaine; nous entendons, par là, non seulement l’égalité de tous les hommes entre eux, mais encore l’égalité des hommes et des femmes. Nous voulons, pour elles comme pour vous, l’instruction intégrale, les mêmes facilités de développement physique, moral, intellectuel, professionnel. Nous voulons pour les femmes, comme pour les hommes, liberté de conscience, liberté d’opinion, liberté d’action. (…) Ô ! Prolétaires, si vous voulez être libres, cessez d’être injustes. Avec la science moderne, avec la conscience qui, elle, n’a pas de préjugés, dites : Égalité entre tous les hommes. Égalité entre les hommes et les femmes (…).»

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