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1 jour, 1 texte #41 : « Adresse aux sportifs. Ne revêtez pas vos anciens préjugés à la sortie du stade », par René Dunan, Le Droit de Vivre, décembre 1951

Né en 1914, René Dunan fait ses débuts dans le journalisme au Petit Journal et à Lyon Républicain, avant de devenir l’une des principales plumes du quotidien d’informations générales Ce Soir, créé par le Parti communiste, jusqu’à son interdiction, le 25 août 1939, après la signature du pacte germano-soviétique. Sous l’Occupation, Dunan s’engage dans la Résistance. À la Libération, il intègre l’équipe de France-Soir, créé par les résistants Robert Salmon et Philippe Viannay, et c’est dans ce quotidien, ainsi qu’à L’Intransigeant, qu’il fait l’essentiel de sa carrière d’après-guerre, en tant que journaliste sportif. En décembre 1951, il donne au Droit de Vivre cet article qui défend l’incompatibilité du racisme avec l’esprit sportif. Il décède en 1962.

“Dans le grand problème international du racisme, les sportifs apportent la voix la plus innée, la plus instinctive.

Celle qui crie son admiration à l’homme, à l’athlète quelle que soit sa nationalité, sa religion ou son parti politique.

J’ai parcouru les stades de l’Europe et de l’Amérique. J’y ai rencontré partout cet enthousiasme qui n’a pas de patrie et qui est dévolu aux âmes bien nées puisqu’il est l’apanage du cœur sans se soucier des ans.

J’ai vibré à Valkenburg (Hollande), à Copenhague, à Berlin, à Madrid, à Milan, à Lisbonne, à Londres, à Dublin, à Zurich, à Montréal, à New-York et évidemment à Paris et dans toute la France, à tous les exploits sportifs.

Il ne s’agit point d’une recherche d’exclusivité. Des millions de spectateurs passionnés m’avaient donné l’exemple, le bon : celui de reconnaître l’effort de l’homme.
Comme tous ces Français, ces Américains, ces Belges, ces Danois, ces Suisses, ces Italiens, ces Allemands, ces Espagnols, ces Portugais, j’ai applaudi (avec eux) ces phénomènes du sport mondial sans me préoccuper de leur religion, de leurs origines, de leurs races.

Le coureur à pied Jesse Owens, l’haltérophile Davis (actuel champion du monde), les boxeurs Joe Louis et Ray Sugar Robinson, les footballeurs Ben Barek, Salem Abderrahmane et tant d’autres ont fait vibrer, sans restriction, les foules devant lesquelles ils ont évolué.

J’ai admiré cet instinct populaire et collectif qui leur valut d’unanimes applaudissements.

Dès lors une question vient sous ma plume :Pourquoi ces millions de gens qui ont vibré comme moi devant l’exploit de Mimoun, la performance de Nakache, le knock-out de Robinson deviennent-ils, à la sortie du stade, de la piscine ou de l’arène de boxe, des adversaires (militants) des Musulmans, des Juifs et des Noirs ?
Pourquoi, après avoir laissé parler honnêtement leur cœur (selon leur instinct) durant le temps d’un match, d’une épreuve, ou d’un combat, ces mêmes spectateurs se croient-ils contraints, obligés de renier, dès la porte franchie, leurs enthousiasmes précédents et de revêtir des préjugés dont leur cœur n’a pu s’avérer maitre, quelques instants auparavant ?

Alors, pourquoi ne pas reconnaître qu’un homme ne doit être jugé que sur sa valeur, quelle soit physique ou morale ?

Car, pour moi et pour tous les sportifs, il me chaut peu que Ben Barek soit Musulman, Robinson, Noir, et Nakache, Juif.

Du moment que ce sont des hommes.

Et, de surcroit, des hommes bons. Dans tous les domaines.”

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

"Droit d’asile : principes et urgences" - n°687 - Été 2022 – 108 pages

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