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1 jour, 1 texte #47 : Léo Lagrange, « Question de dignité », « Le Droit de Vivre », 7 janvier 1939

Léo Lagrange (1900-1940) adhère au parti socialiste SFIO au tout début des années 1920. Avocat, il devient rédacteur au Populaire, organe de ce parti, où il traite de l’actualité judiciaire. Élu député d’Avesnes (Pas-de-Calais) en 1932, réélu en 1936, il est nommé sous-secrétaire d’État aux Sports et à l’Organisation dans le gouvernement du Front populaire, en juin 1936. Pendant deux ans, il développe activement les loisirs sportifs, touristiques et culturels. On lui doit la création du billet populaire de congés annuels qui accorde une réduction de 40% sur les transports ferroviaires. Il développe aussi le réseau des auberges de jeunesse. Anti-hitlérien convaincu, il soutient le projet des Olympiades populaires de Barcelone, contre les Jeux Olympiques de Berlin de l’été 1936. Engagé volontaire en septembre 1939, il est tué à Évergnicourt (Aisne) en septembre 1939.

Léo Lagrange s’associe étroitement, à partir du printemps 1936, aux activités de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA) ; il participe à de nombreux meetings et donne cinq articles au Droit de Vivre. Le texte qui suit est l’un d’entre eux. Publié dans l’édition du 7 janvier 1939, il appelle à une action sans faiblesse contre l’antisémitisme. 

« L’humanité est-elle maudite pour tolérer dans l’épanouissement de son progrès matériel le hideux antisémitisme ?

Je me prends parfois à le croire en lisant les récits des persécutions racistes dont sont victimes tant d’enfants, de femmes et d’hommes qui n’ont pas commis d’autre crime que de naître juifs.

Mon dégoût devient une révolte lorsque je vois que dans mon pays un certain nombre d’abrutis et quelques canailles mènent des campagnes antisémites.

Il ne m’appartient pas de dire dans ce journal ce que je crois utile de faire pour écarter l’action raciste hors de nos frontières, mais je sais très bien ce que l’on doit faire pour guérir notre pays de cette lèpre et éviter toute contagion.

Il suffit pour cela d’un peu de courage et d’un minimum d’esprit de décision.

Une enquête sévère doit être menée pour connaître les ressources qui alimentent la campagne actuelle. Elle révélera sans doute des complicités étrangères auxquelles il faudra mettre un terme. Les tribunaux doivent être saisis des faits qui constituent des délits caractérisés. La loi sur la presse doit être examinée par le Parlement de façon que certains bandits de plume soient mis hors d’état de nuire.

Et que l’on ne nous parle pas surtout pas de liberté ! Il n’y a pas de liberté mise en péril là où l’on démasque et où l’on châtie la corruption. La liberté n’est pas en cause si l’on frappe ceux qui veulent la détruire dans notre pays et dont les actes sont une véritable trahison de la nation.

La propagande raciste et ses succédanés sont incontestablement contraires à l’esprit français. Toute notre civilisation repose sur l’affirmation de cette vérité que nous voulons universelle, dont l’expression magnifique se trouve dans la Déclaration des droits : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

Quiconque, par ses actes ou par ses propos, met en péril cette déclaration fondamentale est un ennemi de la France et doit être traité comme tel.

Quiconque subit sans révolte la mise en question de ce principe a déjà trahi la France dans son cœur.

Je sais qu’il y a aujourd’hui quelque ridicule auprès des esprits forts à rappeler les « immortels principes ». Le réalisme pour les faux savants et pour les snobs est devenu le masque commode de la lâcheté.

Mais je aussi que les principes de la Révolution sont le ciment de notre unité nationale et la source de notre prestige dans le monde.

(…) J’écris cela, non parce que je suis philosémite – j’ai horreur de ces expressions qui sentent l’œuvre de charité – mais parce que je suis Français et socialiste des pieds à la tête.

Lorsqu’un juif est frappé parce qu’il est juif, je n’éprouve pas de la pitié, mais de la révolte.

Lorsque je le défends, ce n’est pas pour lui que je me bats, c’est pour moi, parce qu’à mes yeux la lutte pour la dignité est le seul combat dans lequel on puisse se donner toute entier. »

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

"Droit d’asile : principes et urgences" - n°687 - Été 2022 – 108 pages

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