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1 jour, 1 texte #48 / Tristan Bernard, « Fraternité, sésame de la paix humaine », Le Droit de Vivre, 6 mars 1937

Tristan Bernard est un écrivain, auteur dramatique et journaliste à l’humour facétieux dont les mots d’esprit ont achevé d’asseoir sa renommée. Proche du Front Populaire, et notamment de Léon Blum, il rejoint la LICA en 1936. Durant l’Occupation, menacé comme juif, il voit ses biens confisqués, ce qui lui fera dire : « on bloque les comptes et on compte les Bloch ». Sa très riche bibliothèque de 1500 ouvrages est saisie le 2 avril 1941 et envoyée en Autriche où on la retrouvera à la Libération. Il se réfugie à Cannes pensant échapper à l’arrestation. Pressé par ses amis, notamment Roland Dorgelès, de prendre la fuite, il refuse, arguant du fait « qu’on n’arrête pas quelqu’un qui figure dans le Petit Larousse ». Le 29 septembre 1943, lors d’une rafle à l’Hôtel Windsor où il résidait, il est arrêté par les Allemands, interrogé à la Villa Montfleury avant d’être envoyé à Nice puis à Drancy le 4 octobre 1943. Sauvé par l’intervention de Sacha Guitry, il échappe à la déportation tandis que son fils, lui, trouvera la mort à Mauthausen. Célèbre pour son humour, alors qu’il est interné, un policier lui aurait demandé s’il y avait quelque chose dont il avait besoin. Tristan Bernard aurait répondu : « Un cache-nez ! ».


« J’appartiens à une vieille famille républicaine et j’ai eu, dès mon enfance, un grand respect admiratif pour la devise :

Liberté, Égalité, Fraternité

Puis, j’ai atteint l’âge de raison.

Je l’ai atteint, puis je l’ai largement dépassé… (Je ne veux pas dire par là que je suis arrivé à une sénile déraison…).

J’ai contemplé encore au fronton des monuments la devise célèbre… Puis, j’ai réfléchi… Ça m’arrive quelquefois. Et j’ai pensé que l’on pourrait restreindre, abréger cette devise, et peut-être lui donner plus de force, plus de puissante vertu.

Le mot liberté ne signifie plus ce qu’il exprimait au temps de la Révolution française. Il voulait dire : supprimer des servitudes.

Maintenant, on ne peut guère lui donner un sens absolu, et je dirai : dictatorial. Du moment qu’il y a des passages cloutés – et il en fait – il n’y a plus de liberté complète.

Le seul homme qui pouvait prendre le terme liberté dans un sens illimité, c’était Robinson Crusoé jusqu’à l’arrivée de Vendredi. Du moment qu’il y a deux hommes sur un coin de terre, la liberté cesse d’être sans bornes.

De même, le mot égalité signifiait, en 89, suppression des inégalités. La Révolution française a créé ce qu’on appelle sur les champs de course, starting gate, le ruban qui établit pour tous la même ligne de départ. La naissance ne restreint plus le droit des citoyens à courir chacun sa chance.

Mais il y a un mot qui n’a qu’une signification, c’est celui de fraternité. Si la fraternité régit tous les actes des hommes, il n’y a plus rien à craindre de l’injustice, d’une justice implacable et de la barbarie.

Alors, tenons-nous en à cette consigne, simple, éloquente, efficace : fraternité. »

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

"Droit d’asile : principes et urgences" - n°687 - Été 2022 – 108 pages

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