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1 jour, 1 texte. Numéro 52 / Irène Harand, « Contre les haines de race, pour le salut de l’humanité », Le Droit de Vivre, janvier 1935

Née en 1900, de confession catholique, Irene Harand est une militante autrichienne des Droits de l’Homme qui s’illustre particulièrement dans la lutte contre l’Allemagne nazie. Elle fonde dans son pays le Weltbewegung gegen Rassenhass und Menschennot (Mouvement mondial contre la haine raciale et la détresse humaine), une organisation de lutte contre la persécution antisémite dotée d’un organe, Gerechtigkeit (Justice). Elle multiplie brochures et réunions de propagande, et fait paraître, en 1935, Sein Kampf. Antwort an Hitler von Irene Harand (Son Combat. Une réponse d’Irene Harand à Hitler). Au moment de l’Anschluss, elle se trouve à Londres, ce qui lui vaut d’échapper aux nazis qui la recherchent activement.

Elle émigre aux États-Unis et y jette les bases, en 1942, du futur Austrian Cultural Forum New York, un important centre culturel autrichien dans ce pays. En 1969, elle se voit décerner le titre honorifique de Juste parmi les Nations par l’État d’Israël, pour son action contre l’antisémitisme hitlérien. Décédée à New York en 1975, ses cendres reposent à Vienne.

La Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA) établit des liens avec la militante et publie en janvier 1935, dans Le Droit de Vivre, le texte qui suit.

« Nous, Autrichiens, nous efforçons d’effacer la tache honteuse dont, par ses cruautés, la Croix Gammée a souillé l’Allemagne. Nous montrerons au monde que la fidélité aux authentiques traditions allemandes n’est pas un conte de fée. L’Allemagne a été mise, par Hitler, dans un état délirant dont il faut l’affranchir afin que ressuscite l’époque où des hommes comme l’Allemand Stresemann et le Français Briand luttaient, avec un enthousiasme également sincère, pour la paix mondiale.
Tout homme, dans le monde, qui profite et bénéficie des progrès de la culture et de la civilisation, a le devoir sacré de ne cesser la lutte que lorsque les dernières traces de l’antisémitisme auront disparu et que les Juifs auront obtenu une juste réparation morale et matérielle.
Il est indispensable que soient créés, dans tous les pays du monde, des centres qui auront pour tâche d’éclairer les larges couches populaires, de leur montrer que l’antisémitisme est un grand danger pour l’humanité tout entière, parce qu’il constitue la diversion classique chaque fois que se posent des questions essentielles. Cette diversion ne leur permet pas de réaliser les réformes nécessaires, afin que nul au monde ne puisse plus avoir faim ni froid, n’être plus contraint à se vêtir de haillons, ni de trouver l’unique délivrance dans le suicide.

C’est pour ces raisons que l’organisation fondée par moi ne lutte pas seulement contre la haine des races, mais aussi pour le triomphe des revendications humaines. S’il est injuste que les hommes souffrent par leurs origines, il est tout aussi injuste qu’ils ne puissent nourrir leurs enfants ni leur donner une vie digne, parce que les magnats du commerce ne peuvent parvenir à s’entendre sur les moyens de répartir les richesses naturelles que le cerveau humain peut accroître de plus en plus.

(…) N’est-il pas douloureux d’apercevoir, parfois, des hommes de 70 ans travaillant encore à l’usine, bien qu’ils aient mérité le juste repos ?

La propagande de la Croix Gammée a trouvé un terrain favorable du fait que les dirigeants de ce monde se préoccupent médiocrement du problème de la répartition des biens, du fait aussi que l’inflation a réduit à zéro les maigres économies péniblement faites par les masses laborieuses pendant des dizaines d’années, du fait enfin que, dans les conférences d’aujourd’hui, on n’assure que le profit du producteur, sans tenir compte du pouvoir d’achat du consommateur.
Point n’est besoin d’être communiste, ni même socialiste, pour comprendre qu’un tel système économique est devenu impossible, puisque, d’une part, il tolère la destruction des matières premières et [que], d’autre part, des millions d’hommes ont faim.

Voilà pourquoi il faut réveiller la conscience des hommes.
Le système économique d’aujourd’hui doit être transformé, afin que les formes de production et de répartition soient compatibles avec la justice et l’humanité.
Chaque jour qui passe est un jour perdu. Luttons aussi contre le plus grand ennemi du progrès, contre la meilleure alliée de la Croix Gammée : la passivité.

Une fois déjà, un grand mouvement est parti de France. Il a changé la face du monde.

Peut-être, cette fois encore, un mot d’ordre puissant sera-t-il lancé de chez vous. La France, en effet, ne peut supporter de voir des hommes maltraités, avilis, persécutés, parce qu’ils sont nés d’une mère juive. La France ne peut pas non plus rester passive quand des hommes sont affamés, alors qu’on détruit ce qui pourrait les sauver. »

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

"Droit d’asile : principes et urgences" - n°687 - Été 2022 – 108 pages

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