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1 jour, 1 texte. Numéro 58 / Charles Lévine, « Méditations après la cérémonie du Martyr juif inconnu », Le Droit de vivre, 20 mai 1953

Charles Lévine est un militant de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA). Jeune et infatigable propagandiste dans les années 1930, il est membre du comité central de l’association. Mobilisé en 1939, il répond dans les colonnes du Droit de Vivre à un article de Charles Maurras paru dans L’Action française le 29 novembre 1939, accusant les juifs d’être des embusqués et de fomenter des plans contre la France. La lettre de Lévine est lue à la Chambre des députés, le 27 février 1940, par un député socialiste appelant à sévir contre la propagande antinationale : « Dans ma compagnie, je jouis de l’affection fraternelle de tous mes camarades. Nombre de mes copains préférés sont des catholiques pratiquants. Mais ils ne connaissent pas comme vous, monsieur Maurras, ou comme Adolf Hitler, la haine des races. Ils ne connaissent que des Français qui sont dans le même ‘bain’ et qui veillent dans la boue, face à l’ennemi. » À la Libération, Lévine fait brièvement reparaître Le Droit de Vivre à Toulouse. Il demeure un cadre actif de l’organisation. Dans l’article qui suit, paru en mai 1953, il évoque la cérémonie de la pose de la première pierre du tombeau du martyr juif inconnu, là où sera inauguré, en 1957, le mémorial éponyme (actuel Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy l’Asnier, Paris IVe arr.). Il décrit par ailleurs les symptômes d’un antisémitisme persistant en ces années d’après-guerre.


« Au cours d’une émouvante cérémonie, le 17 mai, la première pierre du tombeau du Martyr Juif Inconnu a été posée. C’est dans le quatrième arrondissement de Palis, à l’angle des rues Grenier-sur-l’Eau et Geoffroy-l’Asnier que s’élèvera ce monument perpétuant le souvenir des victimes de l’hitlérisme. Dans son allocution, notre ami, le president Justin Godart, a tenu à préciser que le martyr était juif symboliquement, parce qu’il représentait malheureusement le plus grand nombre, mais, le supplice effaçant les différences de religions, il était le frère de toutes les victimes de la barbarie nazie. Et Justin Godart ajouta : « Lorsque des hommes encore aveugles par la haine passeront devant ce monument, le calme et la solennité du lieu les inviteront à la méditation ». 
En effet, si la présence à la même tribune d’honneur du dé légué du gouvernement d’Israël et des représentants de l’éminente personnalité musulmane Si Kaddour Ben Gabbrit ne pouvait que nous réjouir, nous les pèlerins du rapprochement judéo-arabe, il ne faut pas croire que le plus formidable génocide de l’histoire des hommes ait désarmé la haine et la bêtise. Joseph Gœbbels. le gnome malfaisant, avait compris que b.en des terrains étaient propices pour faire germer sa semence. Ainsi, au cours de la manifestation même, alors que nombre des plus hautes personnalités de la République française, avec Gaston Monnerville, honoraient la tribune de leur présence, que des amiraux et des généraux français venaient manifester leur sympathie et que le représentant personnel de M. Baylot, préfet de police, venait de prendre place, un de nos camarades du service d’ordre entendit un policier en civil grommeler : « Nous n’en finirons pas avec ces youpins ». C’était toute la leçon que ce malheureux avait tirée de la cérémonie. Le jour même, dans les couloirs de correspondance du métro Concorde, la classique inscription « Chassez les juifs parasites en Palestine » s’étalait sur les murs. Que dire enfin des rédacteurs d’ « Aspects de la France », zélés disciples de feu Charles Maurras qui réclamait des exécutions d’otages gaullistes et juifs et que l’idée même de ce monument a le don de mettre en fureur ? Une campagne de souscriptions va être menée à travers le monde entier et il y a tout lieu de croire que le tombeau sera rapidement achevé. 
Nous souhaiterions que le jour de l’inauguration soit un jour de recueillement et d’espoir, non seulement pour les juifs, mais pour tous ceux qui ont souffert ou souffrent encore dans le monde de l’intolérance et de la discrimination raciale. Tout le monde connaît le geste du rabbin Abraham Bloch pendant la guerre de 1914-1918 : voulant apporter un crucifix à un soldat mourant qui le réclamait, il tomba à son tour mortellement. A l’exemple de ce geste symbolique de fraternité humaine, puis-je demander respectueusement à Mgr l’archevêque de Paris d’être présent, lui aussi, ce jour-là ? Peut-être notre policier antijuif de dimanche et ses pareils auront-ils alors honte d’eux-mêmes »

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