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1 jour, 1 texte. Numéro 59/ Gaston Monnerville, « Liberté, création continue », Le Droit de Vivre, mars 1948

Né en 1897 à Cayenne (Guyane), Gaston Monnerville est un allié historique de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA). Député de la Guyane (1932-1940), il intervient régulièrement dans ses meetings à partir de 1932 et rejoint son comité central en 1935. Avocat, antihitlérien, il dénonce sans relâche le racisme et l’antisémitisme, soutient le principe d’une législation antiraciste et écrit régulièrement dans les colonnes du Droit de Vivre. Sous-secrétaire d’État aux Colonies, il défend des positions assimilationnistes tout en condamnant le racisme colonial. Sous l’Occupation, il fait entendre sa voix à Vichy contre les premières mesures discriminatoires et s’engage dans le mouvement Combat sous le nom de Saint-Just. Il siège à l’Assemblée consultative provisoire et rédige le statut des territoires d’outre-mer : en 1946, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion deviennent des départements d’outre-mer.

Sénateur à partir de 1946, il préside le Conseil de la République puis le Sénat, sans discontinuer, de 1947 à 1968. Il entre ensuite au Conseil constitutionnel (1974-1983). Par ailleurs conseiller général du Lot de 1949 à 1973, il préside cette instance départementale de 1951 à 1970. Ses hautes responsabilités politiques n’empêchent pas son soutien ininterrompu aux activités et aux mots d’ordre de la LICA.

Cet article est extrait d’un numéro du Droit de Vivre, publié en mars 1948 et consacré au centenaire de l’abolition de l’esclavage. Monnerville y souligne le chemin qu’il reste à accomplir en la matière. Gaston Monnerville est mort le 7 novembre 1991 À Paris.

« Née dans les brumes de février, si la Révolution de 1848 s’effondra au soleil de juin, c’est qu’elle n’était pas, comme celle de 1789, l’aboutissement d’une évolution intellectuelle et d’un idéal qu’au XVIII siècle, philosophes et penseurs avaient fait pénétrer assez profondément dans le pays.

C’est une des raisons pour lesquelles, aujourd’hui encore, n’est pas achevée cette grande Révolution sociale, cette libération de l’homme de toutes les contraintes économiques à laquelle les révolutionnaires de 1848 conviaient les peuples.

Mais toute l’œuvre de la Révolution de 1848 ne fut pas anéantie par la répression du général Cavaignac, puis par le coup d’Etat du 2 décembre. Il en resta une pièce maîtresse : l’abolition de l’esclavage, ce grand geste maternel de la France accueillant nos ancêtres parmi ses enfants. Ce fut le premier signe visible de cette Union Française qui se cherche encore aujourd’hui.

Si le gouvernement qui a succédé à la Seconde République n’est pas revenu sur cette mesure, c’est non seulement parce que c’eût été la révolte dans les colonies, mais aussi, et surtout, parce que cette libération avait été préparée de longue date dans l’opinion publique par une campagne antiesclavagiste. Cette campagne fut commencée par la Société des « Amis des Noirs » de l’abbé Grégoire, et aboutit au décret de la convention du 16 pluviôse, an II. Après son abrogation par Napoléon, elle fut continuée sous la Restauration et la Monarchie de juillet par Broglie, Tocqueville, Gasparin, Lamartine, Rémusat qui menèrent la lutte contre rétablissement de la traite des noirs. Mais, à cette œuvre prérévolutionnaire comme à sa réalisation révolutionnaire, est surtout attaché le nom de Victor Schœlcher, apôtre, instigateur et réalisateur de la libération des noirs.

Ému, dès sa jeunesse au cours de voyages dans les colonies par la condition d’existence dégradante faite aux noirs, Schœlcher résolut, avec une fermeté et une ténacité extrêmes, à se consacrer à la suppression de l’esclavage. Dès le 4 mars 1848, il réussit à persuader Arago de l’intérêt qu’il y avait à faire aboutir rapidement cette réforme. Nommé sous-secrétaire d’État aux Colonies, il fait créer aussitôt une commission chargée de cette question : il la préside lui-même, et, après deux mois de travaux ininterrompus, il fait promulguer, le 27 avril, les décrets abolissant l’esclavage dans les colonies et transformant en citoyens des hommes hier encore considérés comme une marchandise.

Mais commémorer 1848, n’est pas s’attarder à faire revivre le souvenir de temps héroïques. Commémorer 1848, c’est mesurer l’œuvre accomplie et surtout le chemin restant à parcourir : Ah I qu’il apparaît encore rude et long ce chemin ce chemin !

En 1948, comme en 1848, le message de Schœlcher du 27 avril a toujours l’accent de l’avenir.

« La République n’entend plus faire de distinction dans la famille humaine. Elle ne croit pas qu’il suffise, pour se glorifier d’être un peu plus libre, de passer sous silence une classe d’hommes tenue hors du droit commun de l’humanité. »

(…) Il est malheureusement dans la nature de l’esclavage de renaître sans cesse ; car aujourd’hui encore où, trop souvent, le droit de vivre se réduit aux dimensions du pain quotidien, les nations, comme les hommes, attendent que soit réalisé complètement le grand espoir qu’avait apporté au monde la Révolution de 1848. »

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