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1 jour, 1 texte. Numéro 79 / Roger Baldwin, « Nous, Américains, contre la discrimination raciale », Le Droit de Vivre, février 1956

Roger Nash Baldwin est né à Wellesley (Massachussetts) en 1884. Étudiant à Harvard, il enseigne par la suite la sociologie à l’université de Washington. Inlassable militant de la paix et des droits de l’Homme, il fonde, en 1920, l’American Civil Liberties Union (ACLU). Défenseur de l’Union soviétique, il s’en éloigne après la signature du pacte germano-soviétique, le 23 août 1939. En 1942, il fonde l’International League for the Right of Man (Ligue internationale des droits de l’Homme). Il reçoit la médaille présidentielle de la Liberté des mains du président Jimmy Carter, en 1981. Il meurt la même année.

Roger Baldwin participe aux campagnes et activités de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA), dès 1935. Il prend la parole dans ses meetings et en relaie son action aux États-Unis. Le texte qui suit est paru dans Le Droit de Vivre en février 1956. Le militant y décrit, avec un certain optimisme, l’évolution du Mouvement des droits civiques aux États-Unis, malgré obstacles et lenteurs…

« L’acquittement, au Mississipi, des deux Blancs qui avaient tué un jeune Noir a soulevé, aux États-Unis, des protestations nombreuses, conjointement à celles qu’en d’autres pays, ont élevées la L.I.C.A. et diverses organisations également préoccupées par toute atteinte portée aux droits de l’homme. Mais cette tragédie, malheureusement, n’est pas un fait isolé.

Les régions du Sud, où prédominent les grandes plantations avec des ouvriers agricoles souvent noirs, en majorité, voient surgir une effervescence d’attaques violentes dont sont victimes les noirs champions des droits de l’homme ainsi que ceux qui sympathisent avec eux. Il faut s’attendre au pire, étant donné le soulèvement des passions que les arrêts rendus par la Cour Suprême des États-Unis, et abolissant la ségrégation raciale, ont provoqué.

La Cour Suprême a confirmé le défi qu’elle a lancé l’an dernier à la ségrégation dans les écoles par un récent arrêt l’interdisant dans les autobus et les trains, ainsi que dans les lieux de récréation publics, y compris les piscines, – toutes mesures propres à soulever une âpre résistance.

De telles décisions judiciaires émanant du Tribunal Suprême du pays bouleversent la tradition de séparation des races qui s’est perpétuée dans les États du Sud, où résident dix millions de noirs.

Elles affectent aussi d’autres parties du pays où la séparation est de rigueur sans y être toutefois Imposée par la loi. Après un demi-siècle, on a enfin trouvé que la doctrine juridique du droit à « l’égalité… à condition de vivre à part » n’est ni praticable, ni constitutionnelle.

Ce changement révolutionnaire dans le droit et la pratique marque le point culminant d’une lutte pour l’égalité qui s’est poursuivie pendant des années. La deuxième guerre mondiale avait accru sa vigueur. La ségrégation aux Armées fut, graduellement, abolie. Puis l’on trouva que la ségrégation dans les collèges n’était pas praticable en raison de la dépense qu’entraînait la création de collèges séparés pour les Noirs. Les Noirs eux-mêmes ont été à l’avant-garde dans cette lutte grâce à leur organisation de défense juridique, l’Association Nationale pour l’Avancement des Personnes de Couleur (N.A.A.C.P.) dont les avocats plaidèrent des centaines de procès devant les Tribunaux Fédéraux, afin de passer outre aux restrictions maintenues par certains Etats.

Ces tribunaux peuvent seuls assurer l’égalité. Ils ont appuyé la thèse selon laquelle les garanties inscrites dans la Constitution Fédérale prévalent sur toutes les restrictions apportées par les Etats de la Fédération. Mais le Sud, où existait autrefois l’esclavage, se considère comme « en dehors » de la compétence fédérale et cherche les moyens de s’y soustraire.

C’est cette résistance qui, dans le Mississipi, s’est manifestée par des violences, comme dans le cas dont nous avons parlé au début de cet article, un cas parmi des douzaines, tolérés ou non dans certains Etats et qui sont autant de défis à la Cour Suprême peut s’attendre à ce que cette lutte pour l’égalité des droits continue pendant au moins encore une dizaine d’années.

Quelques régions du Sud capitulent, mais celles qui recèlent la plus grande proportion de Noirs, c’est-à-dire les plus nombreuses, résistent le plus, particulièrement là où les Noirs sont économiquement assujettis aux plantations.

Dans les États voisins de l’ancienne démarcation entre le Sud et le Nord, ainsi que dans le

Nord et dans la capitale de la nation, Washington, les barrières disparaissent rapidement, l’offensive pour l’égalité y bat son plein, et chaque jour enregistre une avance. Mais il faudra longtemps pour intégrer quinze millions de nos concitoyens de seconde classe dans l’égalité avec la majorité blanche.

Cette question ne concerne pas seulement les Noirs, mais aussi trois millions et demi de résidents ou citoyens des Etats-Unis d’origine mexicaine, et un demi-million d’origine asiatique qui sont en butte à la discrimination. Les récents arrêts de la Cour Suprême s’appliquent également à eux.

Les perspectives actuelles sont favorables à une avance soutenue et graduelle vers l’intégration dans la vie pratique de cette égalité aujourd’hui proclamée en droit, que notre Constitution garantit, réclame, et qui, dans un tel mélange de population, a été si longtemps rejetée en fait.

Quand je me penche sur les trente années pendant lesquelles j’ai combattu pour la défense des libertés civiles, j’aperçois des progrès qu’il est encourageant de marquer. La violence aujourd’hui est rare, elle était plus répandue, il y a trente ans.

La loi soutenait la discrimination raciale et la suprématie de l’homme blanc. Aujourd’hui, elle ne distingue plus de couleurs. Les mœurs sont encore en retard sur le droit, mais le jour est en vue, s’il est encore lointain, où un Américain de peau sombre ne sera plus condamné à une infériorité quelconque, dans quelque domaine que ce soit. »

Agissons ensemble !

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