Droit de Vivre Baha’is, la déraison d’État

Baha’is, la déraison d’État

Accusés d’être « une secte impure manipulée par l’étranger pour affaiblir la Nation », les 300 000 Baha’is iraniens sont victimes d’une vaste persécution organisée par la République islamique elle-même.

Georges Dupuy

Début novembre, la cour d’appel de Sanaa au Yémen n’avait toujours pas tranché le sort de Hamed Bin Haydara, condamné à mort en 2014 pour « menace sur la sécurité ». Son crime réel : appartenir à la religion baha’ie (6 millions de fidèles à travers le monde), contre laquelle les Houtis chiites poursuivent, selon l’Organisation des Nations unies (ONU), « un plan persistant de persécution ». À son procès, le procureur avait même réclamé la déportation des 2 000 Baha’is du Yémen. Une interprétation extrémiste du mémorandum iranien de 1991, qui planifiait, lui, l’étouffement en douceur de la communauté baha’iste (voir ci-dessous).

Du berceau à la tombe

Hamdam Natafi, représentante des 5 à 10 000 Baha’is français, analyse : « En général, les pays arabes nous discriminent. L’Iran et le Yémen nous persécutent vraiment. » En Iran, malgré les promesses officielles, la chasse aux Baha’is continue. Bien sûr, ce ne sont plus les massacres par milliers du XIXe siècle, ni les 200 exécutions et assassinats du début des années 1980. Mais, après une accalmie en 2004, les emprisonnements ont repris. Chaque année, de 150 à 200 Baha’is sont arrêtés, torturés et emprisonnés pour « atteinte à la sécurité de l’État » ou « collusion avec une puissance étrangère », au choix, depuis la naissance du Baha’isme en 1844 : la Russie, l’Angleterre, les États-Unis ou Israël (siège mondial du Baha’isme).

En 2019, les 300 000 Baha’is iraniens ne bénéficient toujours pas des mêmes droits que les autres minorités religieuses non musulmanes reconnues, elles, par la Constitution. Ainsi, du berceau (naissances non enregistrées) à la tombe (cimetières détruits), les adeptes se voient espionnés, dénoncés, fichés, mis à l’écart à l’école, expulsés des universités, interdits d’exercer une quarantaine de métiers ou discriminés à l’embauche. Leurs boutiques sont fermées pour un rien, leurs entreprises bloquées, leurs terres saisies et leurs lieux de culte saccagés.

Mīrzā Husayn-,Alī Nūrī, surnommé Bahā’-Allāh, fondateur du Baha’isme. Photographie tirée de The Baha’i Faith: Its history and teachings(1868) par W. Miller.

Nadjes, les « impurs »

Les incitations à la haine, qui circulent par milliers sur le net ou à la télévision, se retrouvent aussi dans les manuels scolaires. Et les pires histoires de mœurs courent sur eux. Foad Sabéran raconte : « Un jour, un de mes patients m’a demandé s’il était vrai que les Baha’is couchaient avec leur sœur ! » Le psychiatre se souvient, aussi, de cet ami de sa famille qui se lavait la bouche avant d’aller prier après avoir mangé chez eux, eux, les Nadjes, les « impurs ». Saeed Paivandi, professeur à l’université de Lorraine, souligne : « L’explication profonde est religieuse. L’ordre chiite se sent menacé par une religion à l’opposé de sa pensée. » Dans tous les domaines. Syncrétique, le Baha’isme affirme, notamment, que Mohammed n’est pas le dernier prophète, que la femme est l’égale de l’homme et que le croyant n’a besoin d’aucun clergé pour régler sa vie religieuse et sociale. Sans parler de la suppression de la charia, la loi islamique. Tout Baha’i est donc devenu un homme à abattre ! Petite lueur, des Iraniens sont entrés en résistance. Ouverte comme le cinéaste Mohammad Nourizad, qui a demandé pardon à un petit garçon dont les parents étaient emprisonnés pour hérésie. Cachée, comme ces patrons qui embauchent de jeunes Baha’is sans déclarer leur religion aux autorités. 


Le mémorandum secret de 1991

Dévoilé en 1993, le mémorandum de 1991, signé par le Guide suprême et le président de la République islamique, témoigne de la volonté étatique chiite d’étrangler les Baha’is. Il propose un plan pour « […] bloquer leur évolution et leur développement » en les obligeant à renier leur foi, leur identité et leur culture. Ceux qui refuseront se verront fermer les portes de l’enseignement, bannir des emplois, refuser tout poste d’infl uence et seront condamnés à vivoter. Ce qui n’exclut pas l’expulsion, l’arrestation et la punition… à condition que cela soit justifié ! La belle affaire !

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