Chrétiens de Syrie : entre le marteau et l’enclume

La situation des chrétiens de Syrie n’est pas unique au Moyen-Orient, où l’on a vite le sentiment qu’ils sont pris en étau entre régime autoritaire, islamistes et djihadistes, et extrême droite. Entretien avec un collectif de citoyens et de journalistes, Syrie-Factuel.

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Maaloula, village à majorité chrétienne en Syrie où sa population parle encore araméen. En 2013 le village tombe aux mains des djihadistes qui attaquent les églises et tuent des chrétiens. La ville a depuis été reprise par les forces de l’armée syrienne.

Propos recueillis par Isabelle Kersimon

DDV Les chrétiens étaient-ils marginalisés avant la révolution de 2011 ?

Syrie-Factuel : La Syrie est régentée par un parti unique. La Constitution syrienne n’autorise pas les chrétiens à accéder à la tête de l’État, poste réservé aux musulmans. De plus le clientélisme règne sans partage. Les chrétiens n’avaient donc pas de voix politique.

À partir de 2011, la répression les a-t-elle épargnés ?

Non. Le 28 mai 2012, le cinéaste Bassel Shehadeh, installé aux États-Unis et revenu en Syrie, à Homs, pour documenter les événements, a été tué dans un assaut du gouvernement. Le régime a interdit ses obsèques à l’église et empêché sa famille d’accéder à ses funérailles. Il y a d’autres cas.

Étaient-ils nombreux dans les premiers soulèvements ?

A priori, les Assyriens (ils représentaient 1 % des 10 % des chrétiens présents en Syrie avant la guerre civile) sont en opposition, au Rojava, le Kurdistan occidental. En territoire pro-régime, personne ne peut faire de sondage. L’étude de la spécialiste des chrétiens de Syrie, Anna Poujeau, tend à montrer que la communauté chrétienne n’est pas nécessairement pro-Assad, mais plutôt pragmatique. La chargée de recherche au CNRS fait d’ailleurs remarquer que les plus jeunes dans les familles ont fui la Syrie pour éviter la conscription. Nombre de commentateurs ont noté une sorte d’attentisme généralisé au début de la révolution.

Pourquoi certains ont-ils décidé de soutenir le régime ?

À partir de l’été 2012, l’afflux de djihadistes est de plus en plus important. On voit la montée de courants radicaux, il y a de plus en plus d’actes sectaires contre les églises, d’enlèvements et d’assassinats de dignitaires. On peut comprendre que certains chrétiens, qui n’étaient pas spécialement pro-Assad, aient hésité à rejoindre et soutenir l’opposition, ayant une certaine crainte de voir l’islamisme s’imposer, puis les bannir de toute représentation politique dans un avenir post-Assad. Ils ont aussi en mémoire la persécution des chrétiens en Irak depuis l’invasion américaine, dont de nombreux réfugiés sont passés par la Syrie, ainsi que leur expérience libanaise. Tous ces précédents expliquent aussi cette sorte d’attentisme.

Le régime est pourtant vu comme le protecteur des chrétiens.

Il y a une tradition diplomatique de soutien des minorités chrétiennes, en France, qui remonte aux siècles passés, car leur histoire en Syrie est ancienne. Mais la propagande du régime à cet égard est un message à l’Occident. Sa crainte principale était en effet, jadis, une intervention étrangère.

Et face à l’extrême droite ?

Les chrétiens sur place n’ont pas forcément conscience d’avoir affaire à l’extrême droite. En France, beaucoup de proches de Marine Le Pen se présentent, comme Assad, comme leurs plus ardents défenseurs. C’est un argument de campagne. Le vrai problème avec leur démarche, outre la propagande, c’est qu’ils participent à des redéfinitions politiques qui risquent de n’être pas sans conséquence à long terme.

Fuite vers l’Occident

De nombreux de chrétiens se sont réfugiés en Occident, estimant que leur place n’est plus en Syrie, ni même au Moyen-Orient. Personne ne sait combien ont fui leur pays depuis le début des événements.

SOS Chrétiens d’Orient, pion de l’extrême droite

SOS Chrétiens d’Orient est une ONG dédiée à l’aide aux chrétiens d’Orient. L’association, fondée en 2013, est présente en Syrie, en Irak, au Liban et en Égypte. La plupart de ses dirigeants et fondateurs sont issus de l’extrême droite. L’association est sujette à controverse, notamment dans son soutien à Bachar el-Assad, par sa proximité avec les milieux identitaires et son action dépasse largement le cadre humanitaire. Laurent Wauquiez a tenté par deux fois de financer cette ONG, mais a renoncé sous pression de l’opposition, qui a notamment révélé une photographie d’un des cadres de l’association faisant le salut nazi. L’Œuvre d’Orient, dont le nom est proche, s’est démarquée des agissements de SOS Chrétiens d’Orient.

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