ActualitésÉducation"Un Français m’a souri" - Joséphine Baker

« Un Français m’a souri » – Joséphine Baker

9 décembre : La Licra fête la laïcité ! À l’occasion de la journée de la laïcité, la Licra vous propose une série de textes rendant hommage à la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État. « Un Français m’a souri » – Joséphine Baker, un texte de Jacqueline Costa-Lascoux, chercheuse au CNRS et déléguée à la prévention de la radicalisation (Licra).

À son arrivée à Paris, dès la sortie de la gare St-Lazare, Joséphine Baker raconte avoir été stupéfaite : « un Français m’a souri !» Elle a été accueillie, comme l’ont été Sydney Bechett, Marc Chagall ou Picasso… dans une République des années 20 qui se voulait universaliste et laïque. L’égalité était certes loin d’être parfaite, mais Joséphine Baker, encore meurtrie par la ségrégation et le puritanisme, y a vécu son émancipation. Celle qui deviendra membre d’honneur de la Licra, avec Einstein, servira un idéal de fraternité « arc-en-ciel ». On aurait tort de minimiser le message.

Certains réduisent la laïcité à une règle structurelle de séparation des Églises et de l’État, à la loi de 1905. C’est oublier que l’École, dès 1881-82, se déclarait laïque en référence à la Déclaration de 1789, aux écrits de Ferdinand Buisson, de Condorcet et aux philosophes des Lumières. C’est oublier que les libertés fondamentales du citoyen forment le socle de la laïcité.

Les intégristes refusent l’alliance de la liberté et de l’égalité pour imposer leur vision du monde, leurs prescriptions et leurs interdits, dressant une démarcation entre le croyant et l’impie, le pur et l’impur. Aujourd’hui encore, les réformes sur la procréation, la famille, l’éducation, la condition des femmes, l’homosexualité, se heurtent à des prises de position qui se targuent d’une légitimité transcendante, supérieure à la loi civile. La liste des commandements religieux est longue et prétend régir autant les âmes que la vie quotidienne. Qu’une jeune fille veuille arriver vierge au mariage, c’est son choix, mais la virginité ne peut être une condition du mariage civil. De même, personne n’obligera une femme à pratiquer la contraception ou à se marier avec quelqu’un de même sexe. En ouvrant l’égalité des droits, la loi laïque ne vise pas à l’uniformité des comportements. À l’inverse, elle ne saurait accepter qu’un dogme devienne la norme commune.

La liberté de conscience et l’égale dignité des personnes ne sont pas toujours comprises ni même audibles. Toutes les religions prônent une conception de la personne humaine qui se traduit par une liste d’injonctions frappées de sanctions. La relation au corps y prédomine : la nourriture, le vêtement, la sexualité. La laïcité reconnaît pleinement ces faits de civilisation, cette incarnation du religieux. Toutefois, si les religions ont la liberté d’exprimer leurs philosophies et leurs croyances, si leurs productions intellectuelles et artistiques sont appelées à être protégées et diffusées, pourquoi les intégristes veulent-ils rendre exclusifs leurs préceptes, jouer sur la visibilité de leurs pratiques et menacer ceux qui ne les suivent pas ?

La laïcité met les religieux face à leurs responsabilités. Parce qu’elle respecte la diversité des convictions, des philosophies et des croyances, la laïcité est garante de l’exercice des libertés et des droits fondamentaux de chacun, de l’intérêt général et du bien commun. Est-ce si difficile à comprendre ? Ce n’est pas la laïcité qui pose problème, mais ceux qui ont la prétention de dire le vrai au nom d’un dieu. Joséphine Baker l’a bien exprimé à travers le monde : la laïcité républicaine est porteuse d’universalisme. Et, en écho, qui mieux qu’une jeune femme évêque est susceptible de l’expliquer aux croyants ? Un des plus beaux hommages rendus à la laïcité a été prononcé à la cathédrale luthérienne de Lund, en Suède, lors de l’office de Noël, le 25 décembre 2010 :

« En ce jour, où nous fêtons Noël, je vous invite à célébrer la laïcité dont nous commémorons les dix ans (depuis le 1er janvier 2000). La laïcité nous a ouvert un double chemin de liberté : une spiritualité épurée, émancipée de certaines démonstrations temporelles et une citoyenneté assumée. La séparation de l’Église et de l’État, nous a invités à approfondir notre foi par un travail sur nous-même et, parallèlement, à exercer pleinement nos droits et devoirs de citoyen, sans confondre foi et citoyenneté.

Nous, Luthériens suédois, longtemps habitués à une religion d’État, nous voici à égalité avec des croyants d’autres confessions et avec des non-croyants. C’est à nous de convaincre, non d’imposer ».

Jacqueline Costa-Lascoux
Chercheuse au CNRS et déléguée à la prévention de la radicalisation (Licra)

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

"Faire taire la haine" - n°686 - Printemps 2022 – 114 pages

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