Actualités Culture Un jour, un texte #2 : Victor Hugo, à ses concitoyens

Un jour, un texte #2 : Victor Hugo, à ses concitoyens

Affiche électorale, avril - mai 1848

« Mes concitoyens,

Je réponds à l’appel des soixante mille électeurs qui m’ont spontanément honoré de leurs suffrages aux élections de la Seine. Je me présente à votre libre choix. Dans la situation politique telle qu’elle est, on me demande toute ma pensée.

La voici : Deux républiques sont possibles. L’une abattra le drapeau tricolore sous le drapeau rouge, fera des gros sous avec la colonne, jettera bas la statue de Napoléon et dressera la statue de Marat, détruira l’institut, l’école polytechnique et la légion d’honneur, ajoutera à l’auguste devise : Liberté, Égalité, Fraternité, l’option sinistre :ou la Mort ; fera banqueroute, ruinera les riches sans enrichir les pauvres, anéantira le crédit, qui est la fortune de tous, et le travail, qui est le pain de chacun, abolira la propriété et la famille, promènera des têtes sur des piques, remplira les prisons par le soupçon et les videra par le massacre, mettra l’Europe en feu et la civilisation en cendre, fera de la France la patrie des ténèbres, égorgera la liberté, étouffera les arts, décapitera la pensée, niera Dieu ; remettra en mouvement ces deux, machines fatales qui ne vont pas l’une sans l’autre, la planche aux assignats et la bascule de la guillotine ; en un mot, fera froidement ce que les hommes de 93 ont fait ardemment, et, après l’horrible dans le grand que nos pères ont vu, nous montrera le monstrueux dans le petit. L’autre sera la sainte communion de tous les français dès à présent, et de tous les peuples un jour, dans le principe démocratique ; fondera une liberté sans usurpations et sans violences, une égalité qui admettra la croissance naturelle de chacun, une fraternité, non de moines dans un couvent, mais d’hommes libres ; donnera à tous l’enseignement comme le soleil donne la lumière, gratuitement ; introduira la clémence dans la loi pénale et la conciliation dans la loi civile ; multipliera les chemins de fer, reboisera une partie du territoire, en défrichera une autre, décuplera la valeur du sol ; partira de ce principe qu’il faut que tout homme commence par le travail et finisse par la propriété, assurera en conséquence la propriété comme la représentation du travail accompli, et le travail comme l’élément de la propriété future ; respectera l’héritage, qui n’est autre chose que la main du père tendue aux enfants à travers le mur du tombeau ; combinera pacifiquement, pour résoudre le glorieux problème du bien-être universel, les accroissements continus de l’industrie, de la science, de l’art et de la pensée ; poursuivra, sans quitter terre pourtant et sans sortir du possible et du vrai, la réalisation sereine m de tous les grands rêves des sages ; bâtira le pouvoir sur la même base que la liberté, c’est-à-dire sur le droit ; subordonnera la force à l’intelligence ; dissoudra l’émeute et la guerre, ces deux formes de la barbarie ; fera de l’ordre la loi des citoyens, et de la paix la loi des nations ; vivra et rayonnera ; grandira la France, conquerra le monde ; sera, en un mot, le majestueux embrassement du genre humain sous le regard de Dieu satisfait.

De ces deux républiques, celle-ci s’appelle la civilisation, celle-là s’appelle la terreur. Je suis prêt à dévouer ma vie pour établir l’une et empêcher l’autre »

3 Commentaires

  1. J’admire Victor Hugo mais il avoue là ses limites. Il a tellement dépassé son milieu d’origine déjà. Il est sûr qu’après la Terreur et le Stalinisme on est en droit d’être inquiet et de s’interroger. D’où viennent les dictatures qui suivent les mouvements d’émancipation ? Seraient elles inhérentes à ces mouvements ?
    Le Nazisme (qui se disait aussi socialiste..) a rallié presque tous les grands patrons ou presque y compris en France … c’était pourtant un mouvement capitaliste comme l’étaient et le sont encore les dictatures qui abondent de nos jours.
    Hugo, et je ne lui en veux pas, fait référence à un Dieu, j’aurais aimé qu’il précise à ce moment de quel Dieu il s’agit…
    Je le remercie encore d’avoir si bien évolué dans un 19ème siècle qui fut pour moi si important. Un écrivain important mais ce n’est pas le Tour de France…le meilleur pour certains, tant mieux pour eux.

  2. Il avait vraiment déjà tout compris ! Je suis d’accord avec Régis Debray : malgré toute la sympathie et l’admiration que m’inspire Stendhal, celui-ci et nul autre est le plus grand écrivain français.

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