La LICRA, aux côtés des victimes de Merah

Par Mario Stasi, président de la LICRA et Sabrina Goldman, présidente de la commission juridique

Le 2 novembre dernier, la justice est passée dans l’affaire Merah. A l’issue d’un procès de près de cinq semaines, éprouvant pour les familles des victimes, la cour d’Assises spéciale de Paris a condamné Abdlekader Merah et Fetah Malki à 20 ans et 14 ans de réclusion criminelle, ces condamnations étant assorties d’une peine de sûreté des deux tiers. Abdelkader Merah a été jugé coupable d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste mais non coupable de complicité d’assassinat. Fettah Malki a quant à lui été reconnu coupable d’association de malfaiteurs et vol en lien avec une entreprise terroriste.
 
La LICRA était partie civile à ce procès. Nous voulons remercier très sincèrement Me Juliette Chapelle et Me Sahand Saber de l’avoir représentée au cours de ce long et éprouvant procès. Nous savons ce que cela signifie de temps, d’engagement et d’énergie. 
 
La LICRA s’honore d’avoir été sur le bancs des parties civiles, aux côtés des victimes. Elle y avait doublement sa place. Auprès des victimes juives, assassinées parce qu’elles étaient juives. Auprès des militaires, assassinés parce qu’ils servaient l’armée française et la République et qu’ils étaient considérés de ce fait comme « mécréants » par Merah. Le message que nous avons porté lors de ce procès repose sur la nécessité de lier ces deux réalités différentes mais qui procèdent de la même idéologie. Par ses crimes, Merah a voulu fracasser la société française en tentant d’opposer les communautés entre elles, au nom d’un détournement politique de l’islam et du fondamentalisme religieux. Sur ce plan, il a largement échoué. Sur le bancs des parties civiles, réunies dans la douleur et dans la quête de justice, on pouvait voir des juifs, des catholiques et des musulmans qui n’ont exprimé aucune haine, aucune violence, aucune vengeance. 
 
Durant cinq semaines, la justice a tenté de faire toute la lumière sur les circonstances dans lesquelles les attentats islamistes de Toulouse et de Montauban on été commis. Les débats ont permis de comprendre plusieurs phénomènes. 
 
Le premier, c’est le processus de radicalisation islamiste que personne, même sur les bancs de la défense des accusés, n’a contesté. La famille Merah baignait dans l’antisémitisme, la violence et la haine. Le terrain était alors propice à l’escalade et les mots ont précédé le passage à l’acte. Comme toujours. La justice a établi l’adhésion des accusés au fondamentalisme islamiste et à une idéologie radicale et antisémite. Tout comme son acolyte Malki, Abdlekader Merah est un terroriste islamiste désormais reconnu comme tel par une Cour d’Assises, au nom du peuple Français. Toutefois, notre droit se heurte aujourd’hui à une réalité à laquelle il faudra bien répondre : comment traiter, au plan pénal, ceux qui moralement, psychologiquement, idéologiquement arment les terroristes et les conditionnent au passage à l’acte ? 
 
Le second, c’est l’impréparation, en 2012, de nos services de police et de renseignements face à ces phénomènes. Le fait que la DST ait envisagé, quelques semaines avant les attentats, de recruter Mohamed Merah et « son profil voyageur » en dit long sur l’ingénuité d’alors, d’une partie des services de l’Etat. On a également appris qu’après les attentats contre les militaires, le signalement de Merah avait été transmis à la hiérarchie, quelques jours avant la tuerie de l’école Ozar Hatorah, sans effet sur la direction de l’enquête. Espérons que les leçons ont été tirées de ce drame et que désormais, tous les moyens sont mis en oeuvre afin d’éviter que les mêmes fautes se répètent. 

 

Le troisième, c’est qu’un procès d’Assises, qui plus est pour juger des faits de cette nature, est une épreuve. Pour les victimes, appelées à revivre le drame qui les a frappées dans leur chair et pour lesquelles, à l’évidence, chaque mot prononcé en défense des accusés est une blessure. Pour la justice, soumise au risque du « spectacle »  médiatique et des excès regrettables auxquels ils peuvent conduire. Pour nos valeurs, sur lesquelles nous ne devons rien céder, en aucune manière, qu’il s’agisse du droit des victimes à être pleinement respectées et reconnues ou du droit des accusés à être librement défendus dans le cadre d’un procès contradictoire. 

Le Parquet général a fait appel du verdict de la cour d’Assises. Un second procès aura donc lieu. Ce sera, il faut en être conscient, une nouvelle épreuve terrible pour les victimes. Il faut espérer qu’il se tienne rapidement. Le travail de deuil ne pourra advenir tant que la page judiciaire de cette affaire ne sera pas définitivement refermée. La LICRA sera, comme elle l’a toujours été, à leurs côtés, sur le banc des parties civiles. 

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