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1 jour, 1 combat : 3 avril 1954 – Aristides de Sousa Mendes, mort d’un héros

1 jour, 1 combat : La chronique antiraciste.

Le 3 avril 1954 à l’Hôpital francisain da Ordem Terceira do Chiado à Lisbonne, Aristides de Sousa Mendes meurt dans un dénuement extrême, sa seconde épouse étant la seule à veiller ses derniers instants. Sans le sou, n’ayant plus de vêtements propres, il est mis en terre dans une robe de bure fournie par disciples de Saint François d’Assises dans le caveau de famille du cimetière du Passal à Cabanas de Viriato. Cette disparition à la sauvette contraste singulièrement avec l’hommage qui aurait dû lui être rendu au regard des services héroïques que ce quasi inconnu à rendu à l’Humanité.

À l’été 1940, en pleine débâcle de l’armée française et alors que le Maréchal Pétain dépose les armes, Aristides de Sousa Mendes, alors consul du Portugal à Bordeaux, sauve plus de 30 000 personnes, dont 10 000 juifs, en délivrant des visas signés de sa main.

Rien ne prédestinait cet aristocrate portugais à un tel parcours. Issu d’une vieille famille de la noblesse monarchiste, terrienne et catholique conservatrice du centre du Portugal, implantée de toute éternité dans la région de Beira Alta, il embrasse la carrière diplomatique en 1910, année de la proclamation de la République, en même temps que son frère jumeau César. Il parcourt alors le monde : Guyane britannique (1910), Zanzibar en Afrique orientale britannique (1911), Curitiba au Brésil (1918), San Francisco (1921) dont il sera expulsé en 1923 pour des faits de corruption, Brésil et Espagne où sa hiérarchie lui adresse des représentations fermes en raison de son refus d’appliquer le blocus à l’égard des militants Républicains espagnols. De 1929 à 1938, Aristides est nommé consul général à Anvers (Belgique). Au cours de sa carrière, il enchaîne des conflits et les incidents : 3 procès disciplinaires et de 8 rappels à l’ordre émailleront son parcours diplomatique.

Son frère jumeau, César de Sousa Mendès, devient quant à lui ambassadeur de Suède avant d’être nommé ministre des Affaires Étrangères dans le gouvernement autoritaire de Salazar en 1932 et dont il sera congédié un an plus tard.

En 1938, Salazar nomme Aristides consul général du Portugal à Bordeaux, avec autorité sur les consulats de Toulouse et de Bayonne. Dans les premiers jours de septembre 1938, au moment où les démocraties européennes signent les Accords de Munich avec Hitler, la très grande famille d’Aristides de Sousa Mendes – il aura 14 enfants – investit les appartements consulaires du au 14 du quai Louis XVIII, près de la place des Quinconces et à quelques centaines de mètres des magasins et entrepôts du port alors en pleine activité. Un an plus tard, la guerre éclate : son frère est alors ambassadeur du Portugal dans une Pologne dévastée par l’invasion allemande. Le 11 novembre 1939, Salazar envoie à tous ses diplomates en poste la circulaire n°14 qui leur enjoint d’interdire l’entrée du Portugal aux « gens indésirables » vues « les circonstances anormales actuelles » en sélectionnant les réfugiés. Tout visa accordé par les consuls devra désormais recevoir l’accord.

Aristides de Sousa Mendes entre en désobéissance à compter de la fin de 1939. Tout d’abord, il joue la montre : les autorisations demandées au Ministre pour la délivrance des visas arrivent en retard, une fois les intéressés en lieu sûr. A Bordeaux, les rangs des réfugiés voulant quitter l’Europe sont chaque jour de plus en plus nourris tandis qu’à Varsovie, son frère subit les bombardements allemands sur la capitale polonaise.

Au printemps 1940, l’invasion de la Belgique et de la France par les troupes d’Hitler précipitent sur les routes une France en exode et dont Bordeaux est souvent l’aboutissement d’un long périple tandis que Lisbonne est le port de toutes les espérances, le dernier port de l’Europe de l’Ouest à être ouvert. La population bordelaise, de 300 000 habitants en avril passe à 1 million à la fin du mois de mai. La foule fait la queue devant le Consulat du Portugal pour obtenir un visa. Les populations en déshérence bivouaquent dans les rues de la ville. 400 bateaux stationnent dans le port. A quelques mètres de là, le gouvernement français en exil est installé à la préfecture de Gironde dans cette nouvelle capitale du pays.

Le 16 juin, Paul Reynaud, mis en minorité sur la question de la poursuite de la guerre, démissionne à 22 h et Pétain le remplace pour demander l’armistice.

Le 17 juin 1940, à 8 heures du matin, Aristides de Sousa Mendes ouvre les portes du Consulat du Portugal et fait savoir en dépit des ordres de Lisbonne : « Désormais, je donnerai des visas à tout le monde, il n’y a plus de nationalité, de race, de religion ». A 9 heures, le Havilland Flamingo du général de Gaulle décolle de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac pour Londres. A 12h20, Pétain s’adresse au pays pour lui demander « de cesser le combat » et indiquer qu’il demandait l’armistice à Hitler. Pendant ce temps et durant trois jours durant, de Sousa Mendes épuise son stock de visas officiels et tamponne des papiers libres pour répondre à toutes les demandes. Il demande à son adjoint toulousain de faire de même.

Le 20 juin, appelé par le vice-consul de Bayonne qui refuse d’établir les visas, il le rejoint. En arrivant dans la rue du Pilori, une cohorte de milliers de réfugiés est assemblée devant le consulat tandis que Sousa Mendès intime l’ordre au vice-consul de désobéir. Le 22 juin, alors que la France signe l’armistice avec l’Allemagne, Aristides se rend à Hendaye et continue à signer des visas. Le lendemain, Salazar, furieux, décrète que les visas délivrés par Sousa Mendes sont nuls et non avenus, « car cet homme est devenu fou, il a perdu la raison ». L’Espagne décide dans le même temps de fermer ses frontières avec la France. Pour contourner ces dispositions, le consul trouve une dernière parade. Il prend la tête d’une colonne de réfugiés et se dirige vers un petit post frontière franco-espagnol qui, n’ayant pas le téléphone, n’a pas encore été informé des nouvelles mesures. Usant de son prestige, il fait passer la frontière aux réfugiés qui l’avaient suivi. De retour à Bordeaux, il délivre encore de faux passeports portugais à des Juifs réfugiés au Consulat.

Rappelé au Portugal le 4 juillet 1940, il est jugé par une cour disciplinaire en octobre. Rayé des cadres, il terminera ses jours dans l’oubli et l’indifférence. Le 18 octobre 1966, il est fait « Juste parmi les Nations » par Yad Vashem. En 1988, le Parlement portugais le réhabilite, le réintègre à titre posthume dans le corps diplomatique avec rang d’Ambassadeur. En seulement 9 jours, de Sousa Mendes a sauvé près de 30 000 vies : des juifs, des réfugiés allemands, espagnols, des résistants. Parmi la foule innombrable de ceux à qui il délivra un visa, le général Leclerc ou encore e Président de la Croix-Rouge Internationale.

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