Actualités Mémoire & Histoire 21 février 1944 : le Groupe Manouchian, mort pour la France

21 février 1944 : le Groupe Manouchian, mort pour la France

Une affiche, devenue célèbre sous le nom d’Affiche Rouge, avait annoncé le drame dans toute la France, la propagande hitlérienne ayant voulu discréditer la Résistance au motif que ces noms et ces visages « pas très français » étaient susceptibles de créer de l’antipathie parmi la population. Ce fut l’inverse qui fut produit, faisant d’eux des martyrs et des modèles.

Le leader de ce groupe s’appelait Missak Manouchian. Il était arménien. Il s’était réfugié en France après le génocide perpétré par les troupes ottomanes et qui l’avait fait orphelin, en 1915, alors qu’il n’avait que 9 ans. Pour lui et ses camarades, la France n’était pas seulement un havre mais une idée, une belle idée pour laquelle ils sont morts. Pour eux, la France était même un idéal, le pays des Lumières et de 1789, le pays qui fait la guerre aux ennemis de la Liberté.

Au matin du 21 février 1944, dans une cellule de la prison de Fresnes, Missak Manouchian prend une dernière fois la plume. Il écrit ses derniers mots à Mélinée, son épouse :

« 21 février 1944, Fresne

Ma chère Méline, ma petite orpheline bien aimée. Dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, j’y ne crois pas, mais pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je técrire, tout est confus en moi et bien claire en même temps. Je m’étais engagé dans l’armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de but. Bonheur ! à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. J’en suis sûre que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoir dignement. Au moment de mourir je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu’il meritera comme chatiment et comme recompense. Le peuple Allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur ! à tous ! — J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendu heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre sans faute et avoir un enfant pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je lègue à toi et à ta sœur et pour mes neveux. Après la guerre tu pourra faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat regulier de l’Armee française de la Libération. Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer tu feras éditer mes poèmes et mes ecris qui valent d’être lus. Tu apportera mes souvenirs si possibles, à mes parents en Arménie. Je mourrais avec mes 23 camarades tout à l’heure avec courage et serénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellment, je nai fais mal à personne et si je lai fais, je l’ai fais sans haine. Aujourd’hui il y a du soleil. C’est en regardant au soleil et à la belle nature que jai tant aimé que je dirai Adieu ! à la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal où qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous à trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendu. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaisse de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami Ton camarade Ton mari Manouchian Michel (djanigt)

P.S. J’ai quinze mille francs dans la valise de la Rue de Plaisance. Si tu peus les prendre rends mes dettes et donne le reste à Armène.M. M »

Que ceux qui aujourd’hui font campagne contre l’accueil des réfugiés dans notre pays mesurent combien ils tournent le dos à notre Histoire et renient ce que nous sommes.

Missak Manouchian et ses amis, pour l’éternité, sont le visage de la France.

Agissons ensemble !

7 Commentaires

  1. Pendant tout le 20e siècle, la France a été une terre d’immigration: Polonais au Nord, Juifs d’Europe centrale fuyant les pogroms, Espagnols et Portugais au Sud-Ouest, Italiens et Yougoslaves au Sud-Est, sans oublier les « Indochinois » (anciens colonisés); tous ces gens ne souhaitaient qu’une chose: être Français, plus français que les Français même, faire leur la culture française, jamais ils n’ont parlé de multiculturalisme (qu’est-ce que çà signifie d’ailleurs ?..) jamais personne, en France, n’utilisait ce terme. Pourquoi, aujourd’hui, la culpabilité vis à vis de l’Afrique, et plus particulièrement du Maghreb (savamment entretenue) nous pousse-t-elle à nier notre culture, nos valeurs, notre langue- de naissance ou d’adoption- et à survaloriser des coutumes critiquables..?

      • Le rapport avec quoi ? Ceux de l’Affiche Rouge étaient dans leur immense majorité, comme l’a très bien indiqué l’article, des réfugiés d’autres pays qui se sont battus contre l’occupant et pour la France. Ils ont été, à ce moment-là, l’honneur de la France alors que la grande majorité de la population de notre pays acclamait Pétain ou tendait le dos sans agir en attendant que la tempête passe. Le rapport est là. Les hommes et les femmes qui viennent chez nous sont une richesse. La Différence est une richesse.

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