Actualités Justice Attentats de 2015 : la justice est passée

Attentats de 2015 : la justice est passée

Par Mario Stasi, Président de la Licra.

À l’issue d’un procès de plusieurs mois, la cour d’Assises spécialement composée pour juger des faits commis dans le cadre des attentats de janvier 2015 a rendu son verdict : les complices des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly ont reçu le châtiment de la justice de notre pays, « au nom du peuple français ». Ces condamnations, que nous attendions, sont justes au-delà même du niveau d’emprisonnement qui a été prononcé pour chaque mis en cause. Elles sont justes parce qu’elles sont intervenues à l’issue d’une procédure très longue, à l’issue de débats approfondis, dans le respect strict des droits de la Défense. La manifestation de la vérité n’est pas encore totale et des zones d’ombres persistent. Des prévenus sont en fuite et toute la lumière n’a pas encore été faire sur ces crimes qui ont plongé notre pays dans l’horreur terroriste. Mais s’il doit demeurer quelque chose de ce procès, c’est ce qui nous différencie de ses assassins. Ils ont assassiné par vengeance idéologique au nom de l’islamisme : notre réponse, la seule qui compte, c’est la justice civilisée, c’est le débat d’où jaillit la vérité, c’est le principe sacré du contradictoire, c’est la parole donnée en dernier aux accusés. Face à la barbarie, notre seule réponse, c’est la civilisation. 

Au moment où cette étape judiciaire indispensable a été franchie, j’ai une pensée pour toutes les victimes de Charlie, de Montrouge et de l’Hypercasher. Elles ne cesseront d’habiter nos consciences dans le combat incessant contre l’islamisme. J’ai une pensée forte aussi, au nom de la LICRA, pour toutes les victimes vivantes, pour les conjoints laissés seuls, pour les enfants orphelins. 

Au prononcé du verdict, j’ai pensé à Charlie, à ces journalistes assassinés. La liberté absolue de conscience est sans aucun doute le plus grand acquis des Lumières. C’est elle qui a permis l’émancipation des peuples vis-à-vis des tutelles religieuses qui s’étaient imposées dans l’organisation politique de nos Etats. C’est elle qui a permis de sortir de l’enfermement dans lequel les dogmes ont voulu soumettre des sociétés entières et encadrer les modes de vie. C’est elle enfin qui a permis de remettre à sa place l’adhésion à un dogme religieux, c’est-à-dire, dans l’intimité du coeur des femmes et des hommes. Le 7 janvier 2015, à Charlie Hebdo, des journalistes, des dessinateurs de presse, et ceux qui les protégeaient, sont morts sur le front de notre liberté, abattus pour s’être moqués d’une religion. Leur mémoire nous oblige, à jamais. Evidemment, la liberté, parfois blesse. Elle peut heurter les croyants. La chose est sans doute désagréable pour ceux qui voient leur foi caricaturée. C’est vrai. Mais certainement pas autant qu’une balle de Kalachnikov tirée à bout portant dans le crâne d’un journaliste dont la seule arme était la pensée, la satire, un papier et un crayon. 

Au prononcé du verdict, j’ai pensé aux victimes de l’Hypercasher aux cotés desquelles nous étions, représentés durant tout ce procès par Me Galina Elbaz et Me Yael Scemama. Leurs plaidoiries honorent notre combat tout comme le témoignage de notre amie, Jacqueline Costa-Lascoux, membre de notre Bureau exécutif et chargée de la prévention de la radicalisation. 

Lors de l’adoption de la loi Pléven à la veille de l’été 1972, un débat a eu lieu sur la place des associations sur le banc des parties civiles pour les délits et crimes racistes ou antisémites. D’aucuns s’interrogeaient sur l’opportunité d’ouvrir les prétoires à des regroupements d’hommes et de femmes a priori pas directement victimes des faits poursuivis. Si certains avaient encore des doutes sur la légitimité d’une telle réforme, ce procès les aura balayées d’un revers de main. Notre présence sur le bancs des victimes a une signification profonde : elle témoigne que ces affaires de racisme et d’antisémitisme ne se résorbent pas dans la souffrance des victimes directes car elles nous concernent tous. Elle signifie aussi que nous avons le devoir de rappeler aux juges ce que signifie, dans le cas d’espèce, la circonstance aggravante d’antisémitisme, à savoir la volonté de tuer l’autre parce qu’il est né. Sur le cadavre de Victor Basch, ancien président de la Ligue des Droits de l’Homme, et de son épouse Hélène, les hommes de la milice de Touvier avaient laissé un écriteau : « Le juif paie toujours ». Il fallait dire à la Cour que c’est cette même haine antisémite qui a tenu le bras de Coulibaly, et de ses complices, en entrant dans l’Hypercasher, cette haine tenace profondément ancrée dans les ténèbres de l’Humanité. 

Je forme le vœu que ce procès aura permis, un peu, de prendre conscience de ce qu’était la radicalisation. Nos devoirs envers l’Humanité nous imposent donc d’agir, partout où nous le pouvons, pour faire reculer des phénomènes dont les engrenages sont complexes. Les mécanismes de radicalisation empruntent pourtant les sentiers battus d’un chemin initiatique de destruction de soi, puis de destruction des autres. Ils empruntent aussi les chemins sinueux de nos faiblesses, de nos aveuglements et de nos hésitations. En sorte que prévenir la radicalisation est une tâche qui dépend avant tout de nous-mêmes. Il serait vain de vouloir combattre les processus de radicalisation si nos mécanismes de défense sont affaiblis par de mauvais réflexes et le poison de la culpabilité, nous empêchant de voir des évidences et le réel. Une fois cette disposition d’esprit établie, alors seulement, nous serons à même de mener la bataille politique, culturelle et républicaine contre les ferments de haine qui ont dévasté les consciences d’une partie de notre jeunesse, l’ont détournée de l’horizon de la Nation et l’ont livrée au rejet de l’autre, et singulièrement à l’antisémitisme.

La prévention de la radicalisation, c’est surtout un combat pour la devise de la République – liberté, égalité, fraternité – là où le fondamentalisme religieux enferme, sépare et divise. Ce combat, c’est un combat pour la raison, pour la dignité des femmes, pour l’émancipation des consciences. C’est renouer avec les Lumières, telles que Kant les avaient si bien définies à savoir « la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. ». C’est rendre concret, un peu plus, le travail d’éducation, de formation, de mémoire, de solidarité qui constitue le coeur battant des actions conduites, chaque jour, par la LICRA.

Mario Stasi
Président de la Licra

Le DDV, revue universaliste

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