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Ce combat qui est le nôtre

Le mot de Mario Stasi, président de la Licra. Publié dans Le DDV • Revue universaliste n°686 « Faire taire la haine » – Printemps 2022 (En savoir plus).

Commémorer, en 2022, la loi contre le racisme du 1er juillet 1972, c’est rappeler combien une démocratie doit vivre de débats, de controverses, de désaccords ou de joutes verbales.

Il n’est rien de pire que l’eau tiède, l’autocensure ou la recherche de ce consensus mou qui endort la démocratie.

Si, il y a pire : l’expression de paroles de haine, de racisme ou d’antisémitisme, libérée de toutes considérations pour les règles du débat contradictoire. Pour abîmer, humilier, jeter en pâture, livrer au harcèlement voire appeler au meurtre ! Ce mode d’expression-là est le tombeau de la démocratie.

Qui pourrait penser le contraire ? Qui oserait faire de la suppression d’une loi contre le racisme un argument de campagne, un pilier dans le programme d’un candidat à l’élection présentielle ? Il en est un, et son discours est aussi irresponsable que dangereux.

Un effondrement toujours possible

Il faut se battre pour la liberté d’expression qui ne sera jamais un acquis définitif. Les événements effroyables d’Ukraine, ses nombreuses victimes, cette déstabilisation inédite de l’Europe – et du monde – depuis la Seconde Guerre mondiale témoignent dramatiquement de ce qu’est l’exercice personnel et autoritaire d’un pouvoir. Si la liberté d’expression ne peut être absolue, elle est un combat absolu, un combat nécessaire à la réalité démocratique.

Il faut saisir les prémices de cet effondrement, toujours possible, de la paix et de la liberté. Revendiquer et justifier l’abrogation de la loi de 1972, répétons-le, c’est vouloir la suppression d’une loi de liberté, une loi qui permet un dialogue apaisé au sein de notre société, où chacun peut débattre en entrevoyant les limites du dicible et de l’indicible.

La liberté, plus que jamais !

Car tout n’est pas débat. Il s’agira toujours de distinguer l’opinion où le contradictoire doit prévaloir, du délit prévu et réprimé par la loi de 1972, une loi qui régit le débat public, politique ou médiatique, et qui contribue à forger une société fondée sur la reconnaissance des droits de chacun.

Battons-nous pour que jamais le racisme et l’antisémitisme ne soient jamais considérés comme des sujets à débattre ! Et battons-nous plus que jamais pour la liberté d’expression, à l’heure où celle-ci est étouffée aux portes de l’Union européenne.

Les dictatures signent leurs premiers méfaits lorsque des journalistes, des intellectuels et des philosophes sont intimidés, bâillonnés et embastillés. Il nous faut nous battre partout où la liberté d’expression est entravée, empêchée, réprimée, sanctionnée, partout où les libres penseurs se retrouvent incarcérés, torturés, assassinés. Cette liberté, que la loi française garantit et encadre, est un joyau, toujours relativisé et sali, chez nous, par ceux que les autocrates font rêver.

Réaffirmons-le de toutes nos forces : ce combat, sur plusieurs fronts, est bien le nôtre !

Mario Stasi,
Président de la Licra

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

"Droit d’asile : principes et urgences" - n°687 - Été 2022 – 108 pages

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