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Crise sanitaire et conflit, biais cognitifs et racisme : Un lien entre le conflit et le racisme (1/3)

Par Dominique Morel, trésorier de la LICRA, délégué à la formation aux entreprises

Les grecs anciens avaient deux mots pour parler du conflit : polemnos pour qualifier le conflit avec l’autre qui nous a donné le terme de polémique et stasis pour qualifier le conflit interne que l’on a avec soi-même qui nous a donné le terme de stase… (état marqué par l’immobilité absolue opposé au déroulement naturel des choses) la métastase n’annonce rien de bon pour l’individu.

Il est d’usage de classer les conflits selon trois natures ( pratique de médiateurs) le conflit de contenu (je ne suis pas d’accord sur l’interprétation de telle clause d’un contrat, sur les modalités d’utilisation d’un bien, sur la valeur d’un objet, sur la définition de la bonne pratique pour la mise en place d’une règle) ce conflit de contenu est en général assez facile à résorber lorsque les termes du désaccord sont exprimés avec mesure et cohérence…Ce conflit de contenu, s’il perdure, masque toujours un conflit entre deux personnes (je ne suis pas d’accord avec le contenu parce que je ne suis pas d’accord avec la personne, et j’entretiens le conflit avec l’autre qui ne me revient pas, ce que je ne peux facilement m’avouer, pour me focaliser sur le contenu parce que c’est pour moi plus acceptable).Enfin, le conflit entre deux personnes masque toujours un conflit avec soi-même. Ce conflit est toujours délicat à discerner, car il est toujours difficile de reconnaître sa propre responsabilité dans un comportement inadapté. Et là encore, on préfère en général incriminer l’autre que de rechercher en soi même les causes d’un mal être. Il est plus facile d’attendre de l’autre un geste d’apaisement que l’on incapable de faire soi-même.

Dans les conflits ordinaires entre deux individus, l’inconfort constaté et l’énergie dépensés sont tels que le plus souvent on est prêt à trouver une solution et ne pas le faire perdurer. Cette paix partagée permet de contracter une paix avec soi-même.

On peut prétendre que le racisme est un conflit que l’on a avec soi-même, avec notre ombre, avec nos zones émotionnelles déviantes et erronées. Mais au lieu de chercher à l’évacuer, on a tendance à nier notre propre responsabilité dans le regard que nous portons sur l’autre. Nous nous plaisons à l’entretenir par la référence assise sur une approche que nous estimons historique, une assise que nous considérons culturelle, une définition collective de stéréotypes et l’enracinement que nous pensons fondés de préjugés et l’attribution de défauts voire de tares à d’autres êtres humains. Nous considérons l’autre avec des biais cognitifs (nous en avons tous). Ces biais deviennent ensuite des biais d’attribution qui justifient à nos yeux  nos attitudes et entretiennent le racisme.

Notre propos sera de repérer et de qualifier ces biais, de montrer en quoi la pandémie du Covid 19 les révèle et les entretient et de tenter d’expliquer les dérives complotistes et racistes qui se multiplient sur les réseaux sociaux. Cette pandémie nous fait contacter subitement l’inattendu, l’incertitude et la peur. La peur est la mère de toutes nos émotions. La peur constitue le moteur de nos comportements irrationnels, un terrain propice à tous les conflits… et par conséquent au racisme.

À suivre

Dominique Morel, trésorier de la LICRA, délégué à la formation aux entreprises

2 Commentaires

  1. Ce n’est pas la peur (sentiment inné même dans le monde animal imperméable au racisme) qui conduit au racisme, c’est l’ignorance. Les discours des Houria Bouteldja, des Jérôme Bourbon, Rockaya Diallo ou Alain Soral, comme jadis celui des Drumont et des national-socialistes, sont basés sur l’ignorance. L’ignorance des faits (historiques, sociétaux, culturels) conduit à une négation du réel, et la négation du réel est toujours une négation de la souffrance d’autrui. (*) L’autre cesse alors d’être perçu comme une personne dotée de sentiments et de qualités propres mais comme une abstraction, comme le représentant impersonnel d’une ethnie, d’une religion ou d’une « race », terme revenu à la mode en France depuis l’apparition de l’extrême droite indigéniste. Qui n’est elle-même que la version hexagonale d’un phénomène beaucoup plus vaste : le scénario du PIR est devenu réalité.

    (*) Cette indifférence aux souffrances d’autrui, cette absence d’empathie (que la psychiatrie attribue généralement aux psychopathes) est caractéristique des racistes les plus extrêmes. Ainsi les Juifs victimes de crimes antisémites n’ont selon eux que ce qu’ils méritent puisqu’ils ont décrété qu' » Israël est un Etat colonialiste ». Les Blancs massacrés au Zimbabwe ne sont pas à plaindre puisqu’ils ont décrété que « le racisme anti-blancs n’existe pas ». Les Yézidis massacrés ou réduits en esclavage ne sont pas pour eux des victimes puisqu’ils ont décrété que leur religion était hérétique. Etc…Celui qui nie le réel au nom d’une idéologie peut perdre toute empathie et donc toute humanité.

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