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Une évidence républicaine

Éditorial par Emmanuel Debono, rédacteur en chef du DDV. Publié dans Le DDV • Revue universaliste n°687 « Droit d’asile : principes et urgences » – Été 2022 (En savoir plus).

En 1932, Lazare Rachline, cofondateur de la Ligue internationale contre l’antisémitisme et membre de sa commission du droit d’asile, évoquait ainsi les victimes juives de la discrimination en Europe centrale ou orientale, accueillies dans les locaux de l’association : « Le juif n’a pas de chez lui, il est venu en France pour échapper à l’enfer, il est, dans le vrai sens du mot, un exilé politique, exilé volontaire dont la seule opinion subversive est son origine juive. » L’arrivée en France induisait en effet l’angoisse de la clandestinité, le défi de la survie quotidienne, la crainte des employeurs sans scrupule, le casse-tête de la régularisation, la menace constante de l’arrestation et de l’expulsion. Le droit d’asile était un sujet dans la République sans qu’il y ait de politiques publiques. L’opinion, elle, s’émouvait, venait en aide, mais s’inquiétait aussi, et rejetait.

En 2022, la Constitution et les lois garantissent en France le droit d’asile. Des organismes d’État, des canaux administratifs, des fonctionnaires ont pour mission d’en assurer l’application. Des conventions internationales précisent des droits et des obligations. Des associations, des milliers de salariés et de bénévoles agissent sans répit. Des citoyens sensibles, sensibilisés et mobilisés ouvrent leur porte. Mais le droit d’asile engendre toujours des controverses et de l’hostilité.

Comment comprendre ce paradoxe apparent d’un processus historique qui a conduit notre pays et l’Europe à faire de l’asile un principe fondamental, à se doter de lois et de structures en conséquence, alors que la question des réfugiés suscite toujours soupçons, tensions et crises ? Les espoirs et les vœux qu’a fait naître la protection accordée par l’Union européenne aux réfugiés ukrainiens ne doivent pas faire oublier la complexité immémoriale de ce qui s’énonce pourtant en termes simples : accueillir et protéger l’étranger.

Réalisme contre réalisme

Non, explique Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dans ces pages, l’image d’une Europe forteresse n’est pas exacte et la France n’a pas à rougir de sa politique d’accueil. Les associations pointent quant à elle des entraves et des obstacles multiples, à la fois nationaux et européens, qui mettent en péril le droit d’asile. Ce qui a été fait pour les Ukrainiens aurait pu être – et pourrait être fait – pour les non-Européens, explique-t-on. Il y aurait ainsi un « deux poids, deux mesures », des préjugés persistants et une hiérarchie instaurée parmi les réfugiés. Il est plus ou moins admis que l’on accueille mieux ceux qui nous ressemblent…

Ces reproches sont adressés à l’État mais également aux médias et aux citoyens. Pourtant, il paraît difficile de faire abstraction des réalités géopolitiques, des idéologies mortifères, qui promettent notre destruction, ou des crises, multiples, qui déstabilisent nos démocraties. Autrement dit, la prudence en la matière s’appuie sur des arguments auxquels il est difficile de contester un ancrage dans le réel. Et il est possible de se figurer les réserves qui ne manqueraient pas d’être formulées si, demain, des milliers de réfugiés russes venaient à se presser aux portes de l’Union. Il n’est pas certain que l’argument des affinités électives supplanterait alors catégoriquement celui de la sécurité collective.

Humanité et sécurité

Tout ne doit-il pas être fait, dans un État comme la France, pour analyser, comprendre et lever les réticences ? Le volontarisme d’État qui se manifeste souvent dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne doit-il pas inspirer à l’identique cette question du droit d’asile qui fut si souvent associée, par le passé, aux combats de l’antiracisme ?

Cette perspective exige que la question des réfugiés soit expressément connectée, dans l’esprit de chacun, aux impératifs républicains et démocratiques. Et qu’elle inclue, en toute cohérence, celui de la sécurité sur notre territoire et à nos frontières. Cela tombe assez bien : cette sécurité est indissociable de celle de nos hébergés. Il n’y a donc pas lieu de l’opposer au devoir d’humanité.

Cette corrélation est de celles qu’il nous faut tenir pour essentielles et faire résonner au cœur de notre société. Elle commande un investissement humain, logistique et technologique conséquent, mais elle repose aussi sur l’évolution, notamment dans un cadre éducatif, des représentations de l’étranger et la compréhension des grands enjeux de notre temps. Les défis géopolitiques, humanitaires et climatiques auxquels nous sommes confrontés n’ont en effet pas fini de reposer la question des réfugiés qui éprouve, dans l’urgence, nos principes et nos valeurs. Ce volontarisme ne relève pas d’un idéal chimérique. Il est tout simplement politique et universaliste.

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

"Droit d’asile : principes et urgences" - n°687 - Été 2022 – 108 pages

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