Coptes d’Égypte : un fragile équilibre

Plus heureux en tant que chrétiens sous la présidence du maréchal al-Sissi, mais toujours harcelés par des islamistes, les jeunes coptes se sentent surtout égyptiens.

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Église orthodoxe Saint-Georges du Caire, située dans le quartier copte. Église du Xe siècle, reconstruite en partie de 1904 à 1909 suite à un incendie. © ABDEL AZIZ MAGDI / PIXABAY

Isabelle Kersimon

La première impression qui se dégage d’entretiens avec de jeunes coptes restés en Égypte est leur peur de s’exprimer et leur désir de faire connaître au monde leur situation en tant que citoyens d’une nation qu’ils rêvent d’améliorer.

Le temps de la révolution

Le 9 octobre 2011, dans la période de transition entre la démission du président Hosni Moubarak et celle du Frère musulman Mohamed Morsi, l’armée a férocement réprimé des manifestants majoritairement chrétiens (le massacre de Maspero  a tué 27 personnes et en a blessé 300 autres) qui protestaient contre la destruction d’une église. Durant cette période révolutionnaire, des coptes laïques s’insurgeaient contre leurs hiérarques, qui leur avaient enjoints à éviter les rassemblements populaires de la place Tahrir. Mais le désaccord avec les autorités ecclésiastiques ne s’arrête pas là pour 33 % des jeunes Égyptiens, chez qui croissent athéisme et agnosticisme, ainsi que le désir de fonder une société laïque et ouverte. En dépit des lois réprimant sévèrement le blasphème et la « diffamation religieuse ».

Islamistes et djihadistes

Les violences islamistes, quant à elle, ont fait d’innombrables victimes. Après Al-Qaïda, Daech a multiplié les attaques sanglantes ces dernières années, « visant tout le monde », tient à préciser Maïa, copte catholique. Outre les djihadistes, les Frères musulmans – traqués par le régime – ont laissé des plaies béantes chez les minorités chrétiennes, leur figure de proue Al-Qaradâwî les ayant accusés d’avoir fomenté le coup d’État ayant destitué l’islamiste Mohamed Morsi. Sous la présidence de ce dernier, les membres de la confrérie se sont livrés à toutes les exactions. Aujourd’hui, témoigne Maïa, « ils travaillent côté-à-côte, en évitant de parler de politique et de religion ». Mais les chrétiens vivent dans une sécurité très relative. « Nous ne sommes pas persécutés », insiste Maïa, malgré le harcèlement et les violences auxquels se livre une partie de la population majoritaire et qui conduit l’État à fermer des églises au nom de la sécurité ou de la « paix communautaire ». Ce, malgré la loi de 2018 sur les libertés religieuses.

Les coptes d’Égypte

Le pays compte une minorité d’environ 15 à 18 millions de coptes orthodoxes selon leur Église. Selon le Vatican, les coptes catholiques seraient environ 250 000. Les chrétiens d’Égypte représenteraient actuellement moins de 10 % de la population.

Attaques terroristes en Égypte

Sous état d’urgence depuis plusieurs années, l’Égypte est en proie à de nombreuses insurrections terroristes dans le Nord-Sinaï (branche locale de Daech), ainsi que dans certaines parties du désert occidental, entre la vallée du Nil et la frontière avec la Libye.

Répression gouvernementale et solidarités intercommunautaires

Affaibli par les problèmes de pauvreté qui minent le pays1, le régime réprime de manière inédite tant les islamistes que les opposants laïques et démocrates, n’hésitant pas à multiplier arrestations arbitraires, enlèvements et tortures2. Selon certains, ce climat liberticide aggrave les tensions intercommunautaires. Pourtant, de jeunes chrétiens et musulmans affichent fermement – mais discrètement – leur solidarité et leur désir de bâtir une société plus juste, plus égalitaire et plus ouverte, respectant les droits de tous. Opposant au régime, musulman, Aadil insiste sur le caractère général de la répression (l’expression pacifique et démocratique des revendications est bâillonnée y compris sur les réseaux sociaux) et le désir partagé d’une société plus juste, plus égalitaire et plus tolérante. Selon Maïa, en effet, les coptes « ne peuvent pas obtenir de postes dans l’armée ou dans l’administration ». Même si Al-Sissi, leur a accordé « des droits et des avantages presque égaux à ceux des musulmans ».  

1. À l’été 2019, les chiffres officiels de la pauvreté en Égypte annonçaient que 32,5 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

2. Amnesty International évoque notamment le cas de la journaliste et militante des droits humains Esraa Abdelfattah, détractrice des Frères musulmans et ancien soutien du président Sissi.

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