L’antisémitisme d’État a disparu… pas dans la société civile

Aucune communauté actuellement organisée n’est victime de ségrégation. Mais les agressions antijuives, verbales ou physiques, sont en hausse.

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Par Raphaël Roze

Depuis les Croisades, les discriminations antijuives se sont accompagnées de périodes de violence. Au XXe siècle, l’antisémitisme d’État a atteint son paroxysme avec la Shoah et les persécutions staliniennes. Après la concrétisation du rêve sioniste, en 1948, les pays musulmans ont pratiqué eux aussi une politique discriminatoire.

Au-delà de leur statut de dhimmis, en principe protégés mais relégués au rang de citoyens ou sujets de seconde zone par l’islam traditionnel, les juifs ont été accusés de complicité avec les « crimes » du nouvel État. La décolonisation a accentué ce rejet massif et l’immense majorité des séfarades ont dû plier bagage pour Israël, la France et – dans une moindre mesure – pour les Amériques du Nord et du Sud. Cette fuite puis la chute de l’URSS qui a ouvert les frontières russes ont profondément redessiné le paysage démographique juif.

Aujourd’hui, les 4/5 de la population israélite mondiale (entre 13 et 14 millions de personnes au total) résident en Israël ou aux États-Unis où on peut assumer pleinement sa judéité. Les autres communautés importantes, en France, Grande-Bretagne, Allemagne, Russie et Argentine principalement, ne sont victimes d’aucune ségrégation politique. Cette quiétude relative de l’ensemble des communautés aujourd’hui organisées est inédite dans l’histoire de la diaspora. Il n’empêche que l’antisémitisme n’a pas disparu. Il est même plus vivace que jamais depuis la fin de la guerre, selon les instituts de veille et de recherche spécialisés.

La force conjuguée du populisme d’extrême droite, de la haine propagée par le web et de l’islam radical, assorti d’attentats djihadistes inconnus jusqu’alors sur le Vieux Continent, est telle que des milliers de juifs français, en particulier, ont immigré en Israël depuis 2012, jugeant leur existence impossible ici. Dans le monde musulman subsistent quatre communautés de taille modeste en Iran, Turquie, Tunisie et au Maroc. L’exécutif (y compris à Téhéran) évite qu’elles soient prises physiquement pour cibles mais l’atmosphère n’est pas vraiment respirable et les juifs, âgés pour la plupart, doivent survivre dans un espace confiné, près des synagogues, tandis que les médias abreuvent la population de diatribes contre « l’entité sioniste » et de calomnies antisémites.

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