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Se souvenir et apprendre

Par Mario Stasi, Président de la Licra. Publié dans Le DDV • Revue universaliste n°684 « L’école contre le racisme » – Automne 2021 (En savoir plus).

Le 16 octobre 2021 marque le terrible anniversaire de l’assassinat du professeur Samuel Paty, décapité un an plus tôt par un islamiste, aux abords du collège du Bois-d’Aulne, où il enseignait la liberté. L’effroi a précédé la colère, l’incompréhension, l’indignation et le recueillement. L’émotion a traversé notre pays, et bien au-delà, provoquant une onde de choc.

Mais l’émotion et l’indignation suffisent-elles ? Elles ne font évidemment pas une politique. Une société dont l’ambition est de faire des individus des citoyens responsables ne se satisfait pas de commémorations, de rassemblements solennels ou de déclarations œcuméniques.

Contre la barbarie, le racisme et l’antisémitisme, il faut éduquer et former. C’est le rôle des enseignants, aux convictions et à la ténacité desquels il faut rendre hommage : ils sont des experts, comme le rappelle la sociologue Françoise Lantheaume dans ce numéro, pour « tenir le cadre » et faire vivre l’école républicaine.

La Licra, de son côté, est engagée depuis des années dans une action de vigilance et de prévention contre ces maux qui fracturent notre République. Nos militants mènent avec pugnacité un travail de sensibilisation et de pédagogie, pour que la connaissance et la raison supplantent l’ignorance et le fanatisme, pour que les Lumières balayent l’obscurantisme meurtrier. Certains ne verront dans ces mots qu’idéalisme. Je leur répondrai qu’ils portent un projet de société, beau et réaliste, fondé sur un combat politique que nous défendons depuis des décennies.

L’exécution de Samuel Paty oblige à garder vive l’ambition d’une République intransigeante et réactive face à la haine que déversent les réseaux sociaux. Désinformation, propagande et messages racistes ou antisémites y prospèrent sans véritables limites, transformant un outil d’information et de savoir en véritable opium.

L’été a été édifiant. Fallait-il s’affubler d’une étoile jaune pour faire entendre son ressentiment ? Fallait-il nécessairement comparer la vaccination à une entreprise génocidaire ? Le passe sanitaire à une mesure nazie ? Cette démesure, fruit de l’ignorance, du complotisme et d’un extrémisme débridé, ne procède pas, dans la majorité des cas, d’une intention négationniste. Mais l’ignorance, on le sait, peut mener au pire. Elle ne fait pas rempart à la confusion et au relativisme qui fluidifient les discours de haine. Faut-il rappeler que le révisionnisme et le négationnisme se nourrissent des approximations, du relâchement de la vigilance et de la perte de sens ? N’oublions pas qu’ils revendiquent, insolemment, le droit à la liberté d’expression, confondant à dessein la commission des délits avec cette liberté qui nous est chère et pour laquelle la Licra se bat.

Joséphine Baker, ambassadrice de la liberté

Qu’il me soit permis de conclure sur l’annonce présidentielle de faire entrer Joséphine Baker au Panthéon le 30 novembre. La Licra soutient cette initiative de longue date. De communiqués en pétitions diverses, nous n’avons cessé d’expliquer en quoi la reconnaissance de Joséphine Baker était à la fois logique et importante pour notre République.

Les liens entre la Licra et Joséphine Baker sont historiques. Lors du 30e anniversaire de notre association, le 12 mai 1957, la militante antiraciste déclarait : « Peu après mon arrivée, j’ai adopté la nationalité française. Je savais que la France n’était pas mon pays d’adoption mais qu’elle était mon pays ! » La Lica était sa famille et l’ancienne résistante était son ambassadrice.

Les procès en néocolonialisme de ceux qui critiqueront ce choix d’une femme dont la renommée naquit en pleine période coloniale ne manqueront pas, mais ils ne réécriront pas l’histoire : celle qui combattit le racisme aux côtés de nos aînés le fit avec la plus pure intention universaliste, dans la volonté d’élever l’humanité, d’émanciper les corps et les esprits. L’enthousiasme qu’a soulevé le choix élyséen est d’ailleurs sans ambiguïté. Il en dit long sur l’aspiration de notre peuple à faire France, une France forte de son esprit de tolérance et de son appétit pour la liberté, au-dessus des confusions et des divisions.

À Joséphine Baker, la patrie reconnaissante !

Mario Stasi,
Président de la Licra

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

« L’école contre le racisme » – n°684 – Automne 2021 – 100 pages

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