Erdogan, candidat aux élections législatives en France

C’est une initiative qui est passée presque inaperçue ces derniers jours et qui pourtant tente de peser sur les élections  législatives françaises : le « Parti Égalité Justice » (PEJ) présente 52 candidatures dans 28 départements différents. Le Parti égalité justice (PEJ), fondé en 2015 à Strasbourg, s’est présenté au suffrage des Français pour la première fois à la faveur des élections départementales. A première vue, ce parti est un parti comme les autres. Son site internet laisse peu de place à la polémique et enfile les généralités : « C’est à l’Assemblée Nationale, au Senat, dans les conseils Régionales, Cantonales, Municipales, que notre avenir, l’avenir de nos enfants se discute » , « La sphère politique peine à innover et est en décalage avec les besoins des Français. » ou encore « Le PEJ se propose d’être une alternative afin de réponde aux problèmes des Français. »

Pourtant, dès que l’on creuse un peu, le vrai visage du Parti Egalité et Justice est tout autre. Organisé autour la diaspora turque en France, ses fondateurs (comme Saban Kiper ou Tuncer Saglamer à Strasbourg) sont proches du COJEP, un acteur à part entière de la politique panturque ultranationaliste du Président turc Erdogan et de son parti, l’AKP. Ce qui l’intéresse, c’est d’incarner en France « un vote musulman », aux dires mêmes de Kadir Guzle, conseiller municipal à Obernai, cadre du PEJ : « En France, il y a 13% de musulmans mais les musulmans ne représentent pas une force politique. Les élus issus de la diversité ne représentent que 6,68% de l’ensemble et ils restent muets quand les partis traditionnels traitent de l’Islam. Chaque voix du PEJ, chaque bulletin, ce sont des voix que nous allons récupérer après les avoir prêtées aux autres partis. »(Rue89 Strasbourg)

Le Manifeste du Parti, diffusé en 2015 et aujourd’hui opportunément retiré du site internet du PEJ laisse apparaître les fondements d’une idéologie fondée sur le communautarisme (« priorité n°2 » de son manifeste) et une obsession destructrice pour la laïcité. La LICRA a pu se le procurer. Florilège

Le ressort principal du PEJ, c’est la lutte contre « l’islamophobie d’Etat » qui règnerait en France et qui s’attaquerait « aux croyances musulmanes »   : « En pleine crise économique et sociale, il est un fait que la France à l’image de l’Europe est entrain de sombrer dans de la discrimination ouverte et de l’islamophobie d’État. ». Un véritable plagiat des thèses défendues par le CCIF. Mais le PEJ va plus loin en proposant, pour lutter contre cette islamophobie « la création d’ un organe communautaire chargé de surveiller le processus législatif » en sorte que « si une loi est considérée comme discriminante envers une communauté ou une religion, cet organe devrait avoir la possibilité d’attirer l’attention du législateur sur les conséquences d’une telle loi. ». Un lobby communutariste au service de la censure du Parlement, ni plus, ni moins.

Dans ce contexte, le PEJ désigne son ennemi naturel : la laïcité. Au chapitre consacré à cette question,  on découvre que le PEJ propose tout simplement de « redéfinir la laïcité tout en gardant à l’esprit le principe de la séparation des pouvoirs mais néanmoins mettre en place des accommodements raisonnables concernant les Musulmans ». D’une manière plus concrète, le PEJ propose l’abrogation de  la loi de 2004 sur l’interdiction du port du voile à l’école, selon lui « une loi liberticide, anticonstitutionnelle et qui porte clairement atteinte aux libertés fondamentales, à la liberté de culte et à la liberté de conscience ».

Sur le plan des valeurs, le PEJ, en 2015, ne craignait pas d’afficher son conservatisme. Pour lui, l’égalité n’est pas une valeur absolue et très rapidement, le manifeste sombre dans le relativisme : « l’égalité est une notion juridique de droit, il appartient par la suite à chaque personne de penser si les différences sont dues à la construction sociale ou à la nature humaine. ». Opposé au mariage pour tous qui, selon lui, est le fruit « d’un petit lobby influent d’homosexuels », le PEJ proclame être « contre le positionnement libertin de la société française pour pouvoir revenir à la cellule familiale traditionnelle ». De quoi manifester bras dessus, bras dessous avec l’extrême-droite qui utilisait les mêmes arguments lors des manifestations contre la loi Taubira. 

Le PEJ s’est structuré, professionnalisé et, depuis 2015, a adouci son image et son programme est devenu une succession de lieux communs et d’ellipses, à mille lieues de son manifeste fondateur : la marque d’un stratégie communautariste reposant sur l’entrisme et une volonté de normalisation qui masque une offensive réelle contre les valeurs de la République. C’est surtout la manifestation d’une immixtion du régime d’Erdogan dans la vie des démocraties européennes et une tentative d’imposer, hors de Turquie, une doctrine conservatrice notoirement anti-laïque.