Actualités Analyse Crise sanitaire et conflit, biais cognitifs et racisme (2/3)

Crise sanitaire et conflit, biais cognitifs et racisme (2/3)

Deuxième épisode de notre série - Par Dominique Morel, trésorier de la LICRA, délégué à la formation aux entreprises

Épisode 1 : https://www.licra.org/crise-sanitaire-et-conflit-biais-cognitifs-et-racisme-un-lien-entre-le-conflit-et-le-racisme-1-3

Cette crise sanitaire par la manière dont nous avons assis nos réactions est révélatrice d’un certain nombre de biais cognitifs que nous allons mettre en évidence de manière très rapide et schématique :

Nous avons tardé à réagir et à mesurer le risque que représentait le corona virus. Nous sommes passés d’une sous-évaluation du risque et sous exposition médiatique à une sur évaluation des conséquences et une sur exposition médiatique de cette pandémie. Il s’agissait au début d’une petite grippette contractée par des mangeurs de pangolins (exotiques ou barbares) et qui s’est transformée en pandémie au terme d’une prise de conscience tardive accompagnée d’une inflation d’informations le plus souvent contradictoires.

Dans certains pays d’Asie il a été recherché à quoi cette maladie pouvait ressembler et à quel modèle mental connu elle pouvait ressembler. Le rapprochement avec l’épidémie de SRAS leur a fait prendre des habitudes ( port du masque) et des mesures de précaution qui leur ont permis de mieux juguler la maladie. A contrario, chez nous en France, le rappel à la sur précaution des mesures prises pour la grippe H1N1 ont conduit au résultat que l’on sait.

Nous sommes en général ignorants des effets ou conséquences liés à une situation nouvelle. Cette ignorance conduit parfois au déni, nous rend imprudents, nous distrait de l’essentiel et retarde la prise de décisions utiles.

Lorsque nous prenons conscience de la gravité de la situation, nous nous raccrochons alors à notre appartenance de groupe et apparaît la notion d’endo groupe et d’exo groupe. L’endo groupe français a construit une stratégie différente que l’exo groupe italien ( il y a plus de morts en Italie parce que leur population est plus âgée et que leur système de santé certainement moins bon que le nôtre) et on peut multiplier les exemples de comparaison des endo et exo groupes au plan international.

Ensuite émerge le biais de la surconfiance, nous remettons notre ignorance dans les mains (plutôt la tête) d’experts (qui nous expliquent l’invérifiable et parlent avec aisance de l’inexplicable. Sylvain Tesson). Bien entendu les experts ne sont pas tous d’accord entre eux et ressurgi le biais de l’endo et exo groupe. Au plan médical : Professeur Raoult contre les autres, Chloroquine contre Enquiquine. Au plan politique de confinement ; démocrates contrariants contre populistes décomplexés.

Enfin, les décisions prises le sont toujours selon un biais d’imitation. Faisons comme les autres, selon un modèle connu et donc accepté et la culture qui est la nôtre plutôt que celle du voisin.

Des biais cognitifs aux fake news. Infox et falsification de l’information. Reinfosphère et menaces démocratiques.

Les fakes news et leur cortège de nouvelles non vérifiables découlent naturellement de ces biais cognitifs que nous venons de décrire. D’aucuns construisent ces informations falsifiées qui sont nourries par nos émotions au détriment de notre raison. Les constructeurs de fake news, ne se considèrent pas comme des menteurs, puisqu’ils croient eux-mêmes à la négation de l’histoire. Comparaisons approximatives à un modèle plus ou moins bien connu, ignorance des effets réels d’une action, sentiment d’appartenance et rattachement à un groupe, excès de confiance dans l’énoncé d’une approche et de solutions et mimétisme culturellement accepté sont autant de facteurs qui favorisent les thèses complotistes.

Les falsificateurs de l’histoire contribuent à la manigance car beaucoup d’entre nous y croient parce qu’ils ont envie d’y croire. Et malheureusement nous préférons croire que de ne pas savoir. Nous pouvons malheureusement constater que les réseaux sociaux ont commencé à déverser leur tombereau d’immondices à caractère racistes. Ils attribuent la responsabilité de nos maux aux juifs présumés profiter d’une situation, aux chinois inventeurs et propagateurs du virus, aux homosexuels réservoirs à virus, aux gros victimes de leur mauvaise hygiène de vie, aux migrants porteurs de leur misère et propagateurs de leur précarité, à l’étranger aux mœurs barbares. Ces infox constituent ce que l’on appelle la réinfosphère. Il est devenu une habitude chez les falsificateurs de ré informer les autres afin de faire douter de la validité de l’information officielle, gouvernementale, intellectuellement assumée ou scientifiquement fondée . Si le doute est noble, les intentions ne le sont pas. Les infox ont un but faire vaciller la démocratie. La démocratie est en danger lorsque certains se portent à son chevet non pas pour prendre soin d’elle, mais pour l’achever.

Les biais cognitifs sont les éléments inconscients de la construction de stéréotypes.

Le biais cognitif n’est pas une erreur d’appréciation. Mais l’utilisation d’un biais pour construire un stéréotype en est une. L’erreur c’est de transformer le stéréotype en jugement d’appréciation qui va dévaloriser l’autre. L’usage d’un stéréotype devient alors un préjugé qui conduit infailliblement à la ségrégation et à la stigmatisation. Le schéma suivant qui se passe de grands commentaires démontre comment on construit des raisonnements nécrosants, l’enfermement dans le rejet de l’autre et le blocage positionnel qu’engendrent nos biais cognitifs. Lorsqu’aux USA les noirs ont commencé à être scolarisés avec les blancs, le choc produit par le bouleversement de l’ordre établi à conduit au stéréotype suivant.

On (le blanc) a trouvé que les noirs avaient des comportements inadaptés (agitation ou attitude différente, difficulté de concentration ou gêne face à une situation nouvelle…)

Le stéréotype conduit à se demander s’il est bien utile et efficace d’investir autant et de faire des efforts inconsidérés pour un résultat dont on connait déjà les limites … Toute ressemblance avec d’autres cas plus récents, sous d’autres latitudes et d’autres cultures et ethnies n’est absolument pas fortuite.

2 Commentaires

  1. Les journaux comme Le Monde. L’Obs, Libération etc…, les chaînes de TV et de radio sont devenus les tribunes du PIR et de toute l’extrême droite indigéniste. Leurs méthodes (infox, propagande haineuse, dissimulation ou déformation des faits, diffamation ) sont les mêmes que celles de la réinfosphere ou des sites les plus extrémistes…Et réciproquement. Même les théories complotistes antisémites du web ne sont que le prolongement de la diabolisation d’Israël dans 80 % de la presse nationale, la TV et la radio , y compris publics. On ne saurait même plus dire si ce sont les sites extrémistes qui s’inspirent d’une grande partie des médias traditionnels (*) ou si c’est l’inverse.

    (*) nationaux et internationaux, la presse régionale étant moins politisée et donc moins encline à ce genre de dérives.

  2. A quand une condamnation par la LICRA du concept raciste de « privilège blanc » et de ceux (Vikash Dorasoo, VirginieDespentes, Rockaya Diallo etc ) qui portent cet appel à la haine ? Ces 20 ou 30 dernières années des milliers d’hommes, de femmes voire d’enfants ont été tués, violés et/ou torturés dans le monde parce qu’ils sont blancs. Y compris en France (viol collectif d’Evry en 2014). Qualifier un groupe ethnique de « privilégié » est un appel au crime : depuis un siècle l’Histoire a montré ce à quoi cela peut conduire. Les Juifs et les Tutsis ont subi des génocides parce qu’ils étaient considérés comme « privilégiés ».

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