Droit de Vivre Minorités religieuses : silence, on réprime

Minorités religieuses : silence, on réprime

Le degré d’humanité d’une société se mesure au sort qu’elle réserve à ses minorités. Cette réalité aussitôt énoncée fait froid dans le dos.

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Les minorités, enjeu majeur

Par Mario Stasi, Président de la Licra

Dans le monde, aujourd’hui, la destruction des minorités religieuses a repris avec une intensité et une violence inédites depuis la Seconde Guerre mondiale. Juifs, musulmans, chrétiens en fonction des contextes politiques où ils se trouvent sont rapidement plongés en milieu hostile : désignés à la vindicte au mieux, persécutés bien souvent, exterminés dans les cas extrêmes, l’appartenance religieuse vaut bien souvent ostracisme et exil.

Face à ces phénomènes, la communauté internationale n’est pas à la hauteur, du début à la fin. Incapable d’empêcher les persécutions et parfois les génocides, les Nations unies sont également incapables de proposer une solution commune et concertée à celle des millions de réfugiés poussés sur les routes migratoires. Dans les deux cas, ce sont les extrémismes qui prospèrent. Dans certains cas, on voit l’extrême droite préempter, par exemple, la défense des chrétiens d’Orient pour étayer sa monomanie d’une Europe monolithiquement chrétienne.

Dans le même temps, on voit l’extrême droite identitaire bloquer les frontières contre le prétendu grand remplacement dont elle accable les réfugiés musulmans. Dans ce contexte, la France a un devoir historique. Celui d’être fidèle à son histoire, à ses valeurs, à ses combats. Le premier devoir, c’est celui de l’engagement international : il est urgent d’actionner tous les leviers, avec l’aide de l’Europe, pour faire cesser les troubles, les menaces et les violences à l’égard des minorités persécutées. La justice pénale internationale doit être mise en action à chaque crime, à chaque outrage à nos valeurs universelles. Des sanctions économiques doivent accabler les pays qui asservissent leurs minorités.

En France, sur notre territoire, il est aussi urgent de rappeler que le droit d’asile n’est pas une option ou un sujet à remettre sans cesse en débat. C’est une chose acquise, constitutionnelle et confirmée par nos engagements internationaux. Toute personne persécutée à raison de sa religion doit trouver en France une terre de protection et d’accueil. Elle doit le faire en responsabilité et en conscience avec le souci permanent de faire échec à l’instrumentalisation de la chose par les extrémismes.

En septembre 1933, alors que les nazis ont pris le pouvoir en Allemagne et que le nombre de réfugiés s’accélère, Bernard Lecache, fondateur de la Licra, écrit au secrétaire général de la Société des Nations unies (SDN) pour l’alerter sur le risque de xénophobie et la nécessaire répartition de ces migrants : « Cet afflux considérable de réfugiés provoque dans ces pays un danger de xénophobie qu’il importe d’écarter et nous estimons qu’il est du devoir de la Société des Nations d’assurer une équitable répartition de ces fugitifs, entre tous les pays qui en sont membres, de manière à ce que la présence de ces réfugiés ne puisse donner sujet à aucun mécontentement. »

C’est message qu’il faut entendre. De la même manière qu’il faut rappeler aux idiots utiles de l’islamisme que la France a le devoir d’accueillir les victimes des théocraties auxquelles on a voulu imposer un islam médiéval et politique.

Aux côtés des minorités religieuses discriminées !

Par Antoine Spire, Rédacteur en chef du Droit de Vivre

La liberté religieuse ne va pas de soi : nombreux sont les pays où cette liberté élémentaire est refusée à ceux qui sont minoritaires et affidés d’une religion qui n’est pas celle des autorités politiques. La liberté religieuse est pourtant proclamée par l’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1948 qui stipule que « Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. ». Mais presque partout dans le monde les persécutions des croyants d’une religion minoritaire se pratiquent sans vergogne. Nous avons voulu tenter d’en faire un inventaire non exclusif.

Les chrétiens d’Orient sont les premiers à avoir retenu notre attention parce qu’en France ils sont défendus par des forces politiques qui ne sont pas réputées pour leur universalisme et leur engagement laïque. Pourtant force est de reconnaître que les chrétiens d’Orient, les coptes, les Assyro-Chaldéens forment un ensemble de croyants dont l’existence, les propriétés et les lieux de culte sont aujourd’hui gravement menacés. Jean-François Colosimo nous alerte sur leur disparition programmée (Les hommes en trop. La malédiction des chrétiens d’Orient, Fayard, 2014). L’islamisme les poursuit de sa vindicte comme représentants d’un Occident honni. Tout est bon pour faire de leurs communautés les boucs émissaires d’une situation de guerre ouverte. En France leur instrumentalisation par une extrême droite arrimée au traditionalisme chrétien (Robert Ménard, l’un des fondateurs de SOS chrétiens d’Orient, appelle régulièrement au contre-djihad) ne devrait pas empêcher qu’on se mobilise à leurs côtés, au nom de l’universalisme des droits.

Les Yézidis pratiquent un monothéisme syncrétique ; ils se reconnaissent pour l’essentiel comme proches des Kurdes et à ce titre ils ont été parmi les victimes préférées de l’État islamique qui stigmatise leur religion préislamique. 5 000 femmes yézidies ont été otages et près de 10 000 Yézidis ont péri du fait du djihad.

Les Baha’is, majoritairement iraniens, sont toujours victimes de l’agression de la République islamique et survivent par centaines derrière les barreaux des prisons de Téhéran et de Qom. Pour les autorités chiites, ils ne sont qu’une secte impure dont le principal lieu de culte est à Haïfa chez « l’ennemi israélien ».

Les musulmans sont également victimes des pouvoirs, lorsqu’ils sont minoritaires. Nous traitons ici des Ouïghours que Pékin tente d’assimiler de force, au mépris des droits les plus élémentaires : internements de masse, tortures, lavages de cerveau, tout est bon pour violenter cette minorité dont des milliers de représentants sont enfermés dans ce qu’il faut appeler des camps de concentration. Même constatation avec les Rohingyas, considérés comme l’ennemi intérieur de la Birmanie depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces musulmans font l’objet d’un véritable nettoyage ethnique. Alors que la constitution birmane reconnait 135 minorités, elle ignore les Rohingyas, obligés depuis deux ans de fuir leur pays pour échapper à un génocide.

Faut-il répéter que la Licra, profondément universaliste se considère comme mobilisée aux côtés de ces minorités religieuses injustement discriminées de par le monde ?


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3 Commentaires

  1. En France la minorité juive subit crimes et agressions dans l’indifférence complice du pouvoir et des médias. Il y a quelques jours, dans le métro parisien, un israélien d’une trentaine d’années a été violemment agressé par deux hommes « d’origine africaine » lorsqu’il s’est mis à parler hébreu au téléphone. Les passagers, au lieu de s’interposer, semblent au contraire avoir soutenu verbalement les agresseurs.

    Paris au Siècle des Ténèbres.

  2. Bonjour,

    Il y a une minorité religieuse qui est totalement oubliée dans votre rapport et est pourtant discriminée dans tous les pays du monde, France inclus du fait notamment des accommodements dits raisonnables. Cette minorité risque la peine de mort dans 13 pays du monde et le lynchage par la population dans plus d’une centaine. Elle est la variable d’ajustement à chaque fois qu’un problème religieux se pose et elle est obligée de subir les croyances qu’imposent tous les autres dans l’espace public. Ni la France ni l’UE ni l’ONU ne juge nécessaire de compter les actes de haine commises contre elle. L’ONU a elle-même commis plusieurs actes de haine à leur égard en acceptant des textes expliquant qu’ils n’étaient pas des êtres humains à part entière.

    Ce sont les athées.

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